Le déclin et la hausse du palier supérieur des contribuables canadiens

Mégatendances canadiennes

Un examen du revenu du palier supérieur de 1 % des déclarants nous permet de mieux comprendre notre économie. Les tendances historiques du palier supérieur de 1 % suivent les cycles d'expansion et de ralentissement économique et révèlent des changements démographiques, économiques, sociaux et politiques. Les tendances actuelles indiquent la mesure dans laquelle le marché accorde davantage de valeur à certaines professions et certaines industries, valeur qui varie selon la région. Une étude du revenu du palier supérieur de 1 % révèle également les variations du patrimoine et du rendement des investissements.

L'édition de ce mois des Mégatendances canadiennes porte sur la part du revenu du marché qui est détenue par les Canadiens touchant les revenus les plus élevés, et sur les variations que cette part a connues de 1920 à 2014. Elle traite également des principales sources de revenus de ce groupe, ainsi que de la proportion de femmes au sein de celui-ci.

En 2014, pour se situer dans le palier supérieur de 1 %, un déclarant devait gagner un revenu du marché d'au moins 225 100 $. En 2014, 268 500 déclarants ont touché cette somme ou un montant plus élevé.

Un siècle de changements

Pendant les premières décennies du 20e siècle, les Canadiens ayant un revenu élevé détenaient une part importante du revenu au Canada. De 1920 à 1940, les déclarants du palier supérieur de 1 % ont touché non moins de 13 % du revenu total du pays, cette proportion atteignant un sommet d'un peu plus de 18 % en 1938. Toutefois, cette proportion a diminué au cours du bouleversement social et économique provoqué par la Deuxième Guerre mondiale. En 1944, la part du revenu gagné par les Canadiens du palier supérieur de 1 % était de 10 % du revenu total, ce qui représente une baisse de plus de 8 points de pourcentage en six ans.

La concentration du revenu chez les Canadiens du palier supérieur a ensuite poursuivi sa baisse — quoique de façon plus modérée — jusqu'en 1978. De 1944 à 1978, la part du revenu gagnée par les Canadiens du palier supérieur de 1 % a diminué graduellement pour passer de 10 % à un peu moins de 8 %.

La tendance a cependant commencé à s'inverser en 1978. La part du revenu gagnée par les Canadiens du palier supérieur de 1 % a légèrement augmenté pour se situer à un peu plus de 8 %, est demeurée stable jusqu'au milieu des années 1980, puis a affiché une croissance marquée de 1988 à 2007, ponctuée de courtes périodes de baisses pendant les ralentissements économiques de 1991 et du début des années 2000. En 2007, à son niveau le plus élevé, la part du revenu gagnée par les Canadiens du palier supérieur de 1 % se situait à près de 14 %. Cette proportion demeure inférieure à celle observée en 1920, mais elle représente une augmentation de 75 % sur 30 ans.

Après 2007, la proportion du revenu gagnée par les Canadiens du palier supérieur de 1 % (et des paliers plus élevés) a quelque peu diminué pour revenir aux niveaux observés à la fin des années 1990.

Graphique 1 Parts du revenu du marché des déclarants du palier supérieur de 1 %, 1920 à 2014
Description du graphique 1
Graphique 1 Parts du revenu du marché des déclarants du palier supérieur de 1 %, 1920 à 2014
Année Palier supérieur de 1 % (World Wealth and Income Database)Note de table 1  Palier supérieur de 1 % (Banque de données administratives longitudinales)Note de table 2
%
1920 14.40  
1921 17.60  
1922 15.20  
1923 14.40  
1924 14.50  
1925 13.20  
1926 14.00  
1927 14.70  
1928 15.30  
1929 15.60  
1930 16.10  
1931 16.60  
1932 17.70  
1933 18.00  
1934 17.50  
1935 17.00  
1936 17.40  
1937 16.30  
1938 18.40  
1939 16.90  
1940 14.70  
1941 13.30  
1942 11.30  
1943 10.70  
1944 10.00  
1945 10.10  
1946 10.70  
1947 11.00  
1948 10.40  
1949 10.70  
1950 10.90  
1951 10.00  
1952 9.80  
1953 9.90  
1954 10.30  
1955 10.20  
1956 9.60  
1957 9.60  
1958 9.90  
1959 9.70  
1960 9.80  
1961 9.90  
1962 9.40  
1963 9.10  
1964 9.40  
1965 9.20  
1966 8.90  
1967 9.00  
1968 9.00  
1969 9.00  
1970 9.00  
1971 8.90  
1972 8.80  
1973 8.80  
1974 8.80  
1975 8.70  
1976 8.10  
1977 7.70  
1978 7.60  
1979 7.70  
1980 8.10  
1981 7.80  
1982   7.60
1983   7.40
1984   7.60
1985   7.60
1986   7.80
1987   8.00
1988   8.90
1989   9.60
1990   9.10
1991   9.10
1992   9.10
1993   9.40
1994   9.40
1995   9.80
1996   10.30
1997   11.10
1998   11.60
1999   11.80
2000   12.60
2001   12.50
2002   12.20
2003   12.20
2004   12.50
2005   13.00
2006   13.60
2007   13.50
2008   12.90
2009   12.20
2010   12.10
2011   12.00
2012   11.70
2013   11.70
2014   11.60

Différences entre les Canadiens des paliers supérieur et inférieur

À mesure que le revenu s'est concentré davantage chez les Canadiens du palier supérieur, les Canadiens se situant dans la moitié inférieure de la tranche de revenus ont vu leur part du revenu diminuer. De 1982 à 2014, la part du revenu du marché gagnée par ces derniers a reculé de 28 %. Pendant la même période, la part du revenu du marché gagnée par les Canadiens se situant dans la moitié supérieure de la tranche de revenus a progressé de 5 %. Les hausses les plus prononcées ont été observées dans les fourchettes de revenu les plus élevées. Les Canadiens du palier supérieur de 1 % ont vu leur part du revenu augmenter de 53 %, ceux du palier supérieur de 0,1 %, de 90 %, et ceux du palier supérieur de 0,01 %, de 133 %.

Graphique 2 Variation en pourcentage des parts du revenu du marché des déclarants selon le palier de centile, 1982 à 2014
Description du graphique 2
Graphique 2 Variation en pourcentage des parts du revenu du marché des déclarants selon le palier de centile, 1982 à 2014
Groupes de revenu Variation en %
Palier inférieur de 50 % -28.4
Palier supérieur de 50 % 4.7
Palier supérieur de 10 % à 5 % 7.6
Palier supérieur de 5 % à 1 % 18.0
Palier supérieur de 1 % 52.6
Palier supérieur de 0,1 % 90.5
Palier supérieur de 0,01 % 133.3

Écarts au chapitre du revenu dans les villes

De 1982 à 2014, les grandes villes du Canada étaient plus susceptibles que les autres régions d'afficher une croissance de l'écart entre le revenu des déclarants du palier supérieur de 1 % et le revenu médian, conformément au ratio du seuil de revenu minimal du palier supérieur de 1 % au revenu médian. À Toronto, le ratio a presque doublé, passant d'environ 6 à 1 en 1982 à 12 à 1 en 2014. À Calgary, le ratio est passé d'environ 6 à 1 à environ 11 à 1. Vancouver a connu une croissance toute aussi importante.

Dans les régions autres que les régions métropolitaines de recensement et les agglomérations de recensement, le ratio a affiché une croissance nettement moins prononcée, passant d'environ 6 à 1 à environ 8 à 1.

Graphique 3 Ratio du seuil minimal de revenu du palier supérieur de 1 % au revenu médian à l’échelle locale, selon le revenu du marché, régions choisies, 1982 et 2014
Description du graphique 3
Graphique 3 Ratio du seuil minimal de revenu du palier supérieur de 1 % au revenu médian à l’échelle locale, selon le revenu du marché, régions choisies, 1982 et 2014
  1982 2014
ratio
Calgary 6.08 11.38
Vancouver 5.50 9.46
Toutes les RMRNote de tableau 1 5.58 9.10
Montréal 5.71 8.94
Canada 5.81 8.79
Hamilton 5.26 8.65
St. John's 5.82 8.55
Toutes les ARNote de tableau 2 5.57 8.04
AutresNote de tableau 3 6.43 7.97
Windsor 5.35 7.93
London 5.43 7.75
Edmonton 5.02 7.22
Winnipeg 5.61 6.96
Halifax 5.18 6.92
Oshawa 4.03 6.70
Regina 4.60 6.18
Québec 5.30 6.08

Les femmes dans le palier supérieur de 1 %

Au fil des ans, les femmes ont fait des percées dans le palier supérieur de 1 %. En 2014, elles représentaient 22 % des déclarants du palier supérieur de 1 %, comparativement à 10 % au début des années 1980. En 2014, les femmes représentaient 15 % des déclarants du palier supérieur de 0,1 %, comparativement à 10 % au début les années 1980.

Sources de revenus

Comparativement à leurs homologues en 1980, les Canadiens ayant touché les revenus les plus élevés au 21e siècle sont beaucoup plus susceptibles d'être des salariés, c'est-à-dire que leur revenu est beaucoup plus susceptible d'être tiré d'un travail effectué pour d'autres personnes que de découler de la propriété d'immobilisations ou d'entreprises.

En 1982, un peu moins de 49 % du revenu du marché total gagné par les Canadiens du palier supérieur de 1 % provenait des traitements et salaires. En 2014, cette proportion s'élevait à 65 %. Chez les femmes, celles du palier supérieur de 1 % ont vu leur part des traitements et salaires augmenter pour passer de moins de 30 % au début des années 1980 à 50 % en 2014.

Définitions

Revenu du marché : Revenu total, à l'exception des paiements de transfert gouvernementaux provenant de programmes gouvernementaux, tels que les indemnités d'accident du travail, la Prestation fiscale pour enfants, l'assurance-emploi et le Régime de pensions du Canada ou le Régime de rentes du Québec.

Part du revenu du marché : Montant gagné par un groupe de personnes en tant que proportion du revenu total.

DAL : Banque de données administratives longitudinales

Références

Lemieux, T. et W. C. Riddell. 2015. “Who are Canada's Top 1 Percent,” Income Inequality, the Canadian Story, éd. D.A. Green, W.C. Riddell et F. St-Hilaire. Institut de recherche en politiques publiques.

Murphy, B. et M. Veall. 2014. “A tale of two cities? The surge of top incomes at the city level in Canada,” Thinking Outside the Box: Innovation in Policy Ideas, éd. K. Banting, R. Chaykowski et S. Lehrer. McGill-Queen's University Press.

Saez, E. et M. Veall. 2005. “The Evolution of High Incomes in Northern America: Lessons from Canadian Evidence,” American Economic Review. vol. 95, p. 831–49.

Veall, M. 2012. “Top income shares in Canada: Recent trends and policy implications,” Canadian Journal of Economics. vol. 45, no 4. p. 1247–1272.

Personnes-ressources

Pour en savoir davantage sur les concepts, la méthodologie ou la qualité des données de cette publication, veuillez communiquer avec Andrew Heisz au 613-951-6429 (andrew.heisz@canada.ca), Division de la statistique sur le revenu.

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