Aperçus économiques
Inégalité des gains et écart de rémunération entre les sexes au Canada : le rôle de la sous-représentation des femmes parmi les personnes gagnant les revenus les plus élevés

par Aneta Bonikowska, Division de l’analyse sociale et de la modélisation, Statistique Canada
Marie Drolet, Division de la statistique du travail, Statistique Canada
Nicole M. Fortin, Vancouver School of Economics, Université de la Colombie-Britannique

11-626-X no 088
Date de diffusion : le 7 mars 2019

Dans le présent article d’Aperçus économiques, on examine la représentation des femmes au sein des groupes ayant les gains les plus élevés, plus particulièrement le palier supérieur de 0,1 %, le palier suivant de 0,9 %, et le palier suivant de 9 %. On y évalue aussi la mesure dans laquelle la sous-représentation des femmes au sein de ces groupes favorise l’écart global entre les sexes en ce qui concerne la rémunération annuelle. Les tendances sont documentées pour une période de près de 40 ans, de 1978 à 2015. L’étude montre que la sous-représentation des femmes parmi les groupes ayant les gains les plus élevés représente une partie importante et croissante (plus de la moitié) de l’écart de rémunération entre les sexes. Enfin, dans cet article, on s’intéresse au rôle que jouent les différences entre les sexes dans le secteur d’emploi à l’égard de l’écart de rémunération entre les sexes.

Introduction

L’inégalité du revenu a été étudiée en tant que facteur ayant contribué aux disparités salariales entre les sexes pendant de nombreuses décennies. Au Canada, les revenus moyens du groupe de revenu inférieur de 90 %, avant correction pour tenir compte de l’inflation, ont augmenté, passant de 13 400 $ en 1983 à 33 800 $ en 2015. Par contre, les revenus moyens du groupe de revenu supérieur de 1 % sont passés de 118 100 $ à 529 600 $ au cours de la même période, et de 306 700 $ à plus de 2 millions de dollars au sein du groupe de revenu supérieur de 0,1 %. De telles hausses disproportionnées parmi les revenus les plus élevés ont des conséquences sur les disparités salariales entre les sexes, en raison de la sous-représentation des femmes dans les groupes de revenus supérieurs. En 2015, les femmes représentaient 54,2 % du groupe de revenu inférieur de 90 %, tandis qu’elles représentaient 23,2 % du groupe de revenu supérieur de 1 % et 16,5 % du groupe de revenu supérieur de 0,1 % (Statistique Canada, s.d.).

Le présent document porte sur l’incidence des hausses des revenus supérieurs et de la représentation des femmes chez les Canadiens gagnant les revenus les plus élevés sur l’écart de rémunération entre les sexes au Canada. Contrairement aux études portant sur l’inégalité du revenu ou sur les revenus supérieurs dans lesquelles on examine habituellement le revenu individuel total de toutes les sources, l’analyse réalisée dans la présente étude est axée uniquement sur les gains tirés d’un emploi rémunéré (gains inscrits sur le feuillet T4)Note 1. Les résultats montrent que, même si la représentation des femmes parmi les groupes de revenu supérieurs a augmenté de 1978 à 2015, leur sous-représentation constante au sein de ces groupes représente une part importante et croissante de l’écart entre les sexes en ce qui concerne les gains annuels totaux.

Données et concepts

La présente étude utilise des données de 1978 à 2015 tirées du Fichier de données longitudinales sur la main-d’œuvre (FDLMO). Ce fichier est un échantillon aléatoire composé de 10 % des Canadiens qui ont présenté une déclaration de revenus des particuliers (formulaire T1) ou qui ont reçu des états de la rémunération (feuillet T4) d’un employeur. Le FDLMO présente la taille d’échantillon nécessaire pour examiner le niveau supérieur de la répartition des revenus. L’échantillon utilisé dans le cadre de l’étude est constitué de personnes âgées de 25 à 64 ans au cours d’une année donnée, qui ont tiré des gains d’un emploi rémunéré. Par gains, on entend le revenu annuel total tiré de tous les emplois rémunérés occupés au cours d’une année donnée, y compris les salaires et traitements, les primes, les honoraires et tout autre type de paye déclarée comme revenu d’emploi sur un feuillet T4 (consulter l’annexe intitulée « Données et méthodes » pour obtenir plus de précisions sur l’élaboration de l’ensemble de données) . Les personnes dont les gains sont inférieurs à un seuil minimum sont exclues, ce qui permet d’obtenir un échantillon allant d’environ 732 000 à 1 395 000 personnes chaque année. Puisque l’étude met l’accent sur l’écart de rémunération entre les sexes, les autres sources de revenus sont exclues de l’analyse. Le FDLMO ne renferme pas de renseignements sur les heures de travail ni le salaire horaire. Il n’est donc pas possible de désagréger les différences entre les sexes pour ce qui est des gains annuels en fonction de ces composantesNote 2.

Il est possible de mesurer les différences entre les sexes en matière de rémunération de deux manières, en tenant compte de la perspective du « verre à moitié plein » ou du « verre à moitié vide ». Le « ratio de la rémunération femmes-hommes » renvoie aux gains annuels moyens des femmes déclarés sur un feuillet T4 en pourcentage des gains moyens des hommes. L’« écart entre les gains des femmes et des hommes » est la différence entre les gains annuels moyens des femmes et des hommes, exprimée sous la forme du pourcentage des gains moyens des hommes; il est égal à 100 moins le ratioNote 3. Les ratios de rémunération femmes-hommes sont indiqués plus loin à des fins de précisions, puisqu’ils peuvent dépasser 100 %. On discute aussi des différences entre les sexes pour ce qui est de la rémunération en fonction du concept répandu d’« écart de rémunération entre les sexes ».

L’analyse est structurée en fonction de la rémunération des « personnes gagnant les revenus les plus élevésNote 4 ». Pour chaque année, les hommes et les femmes gagnant un revenu ont été regroupés, et triés du niveau le plus élevé au niveau le plus bas en fonction de la rémunération annuelleNote 5. Les personnes ont été classées ensuite dans un des quatre groupes s’excluant mutuellement : celles du palier inférieur de 90 % de la répartition de la rémunération annuelle, celles du palier suivant de 9 % (du 90e centile au 99e centile), celles du palier suivant de 0,9 % (du 99,0e centile au 99,9e centile) et celles du palier supérieur de 0,1 %. On utilise les termes « palier inférieur de 90 % », « palier suivant de 9 % », « palier suivant de 0,9 % » et « palier supérieur de 0,1 % » pour désigner ces groupes tout au long de l’étude. En 2015, les seuils de rémunération pour ces groupes étaient inférieurs à 104 000 $ en ce qui concerne les gains annuels des personnes du palier inférieur de 90 %, de 104 000 $ à un peu moins de 238 000 $ en ce qui concerne les gains annuels des personnes du palier suivant de 9 %, de 238 000 $ à 761 000 $ en ce qui concerne les gains annuels des personnes du palier suivant de 0,9 % et de plus de 761 000 $ en ce qui concerne les gains annuels des personnes du palier supérieur de 0,1 %Note 6. Les seuils pour toutes les années sont illustrés dans le tableau A.1 de l’annexeNote 7. Tous les montants sont exprimés en dollars constants de 2015.

Les quatre groupes de revenu peuvent être considérés comme des données indirectes pour obtenir des renseignements détaillés sur la profession de la personne gagnant un revenu, qui ne figurent pas dans le FDLMO. On cherche à évaluer la part des femmes (par rapport à la part des hommes) au sein de la population active, qui occupent des postes bien rémunérés, par exemple comme professionnelles, directrices générales de grandes entreprises, etc. En l’absence de tels renseignements détaillés, on peut évaluer la part des femmes (et des hommes) qui représentent différentes proportions de la répartition générale du revenu.

Tendances relatives à la rémunération annuelle et aux parts de femmes par centiles sélectionnés

Conformément aux tendances observées aux États-Unis et dans d’autres pays (p. ex. Piketty et Saez, 2003 et 2013), la croissance des gains au Canada a été la plus importante chez les personnes du palier supérieur de la répartition. Au sein des personnes du palier inférieur de 90 %, la rémunération annuelle moyenne a diminué légèrement au début des années 1980 et est demeurée stable à environ 37 000 $ pendant la majeure partie du reste des 1980 et au début des 1990, avant d’augmenter graduellement pour se chiffrer à environ 44 000 $ au milieu des années 2010 (graphique 1). Au cours de la période allant de 1978 à 2015, la rémunération annuelle moyenne de ce groupe a augmenté, en moyenne, de 0,3 % par année. Au palier suivant de 9 %, la rémunération annuelle moyenne a également diminué légèrement pour s’établir à 98 000 $ au début des années 1980, puis a augmenté pour se situer à environ 137 000 $ au milieu des années 2010, tandis que les gains d’une année à l’autre ont atteint, en moyenne, 0,9 % au cours de la période. Au palier suivant de 0,9 %, la rémunération annuelle moyenne était deux fois plus élevée que celle du groupe précédent, soit de 1,9 % par année, tandis que les gains moyens sont passés d’environ 180 000 $ du début au milieu des années 1980 à plus de 350 000 $ en 2015. Au palier supérieur de 0,1 %, les gains étaient encore plus importants, soit de 4,2 % par année, tandis que la rémunération annuelle moyenne est passée d’environ 500 000 $ de la fin des années 1970 au début des années 1980 à environ 1,7 million de dollars, en moyenne, au cours de la période allant de 2000 à 2015 (graphique 1, axe de droite).

En ce qui concerne le contexte historique, le palier suivant de 9 % a connu une croissance moindre au cours des années 1980 (0,2 % par année) par rapport aux années 1990 (0,9 % par année). La rémunération moyenne du palier suivant de 0,9 % et, surtout, du palier supérieur de 0,1 % a atteint un sommet autour de 2000, au moment de la « bulle Internet », et de nouveau en 2007, avant la crise financière mondiale. Au début des années 2010, la rémunération de ces groupes de revenu supérieurs est retournée au niveau observé au milieu des années 2000Note 8.

Graphique 1 Rémunération annuelle réelle moyenne au sein des groupes de rémunération, Canada, 1978 à 2015

Tableau de données du graphique 1 
Tableau de données du graphique 1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 1 Palier inférieur de 90 %, Palier suivant de 9 %, Palier suivant de 0,9 % et Palier supérieur de 0,1 % (axe droit), calculées selon dollars constants de 2015 unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Palier inférieur de 90 % Palier suivant de 9 % Palier suivant de 0,9 % Palier supérieur de 0,1 % (axe droit)
dollars constants de 2015
1978 39 900 100 500 180 500 494 100
1979 39 700 100 200 182 300 518 700
1980 39 600 100 900 186 200 563 800
1981 39 000 100 400 183 100 509 100
1982 37 800 98 800 185 400 635 000
1983 37 100 97 700 182 400 599 900
1984 37 300 98 300 185 600 652 400
1985 37 400 99 100 193 400 760 900
1986 37 200 99 100 195 800 745 100
1987 37 300 99 800 207 300 907 100
1988 37 600 102 400 224 400 1 196 300
1989 37 800 102 600 225 700 1 192 100
1990 37 400 101 900 214 500 969 700
1991 36 400 100 300 205 000 885 800
1992 37 000 101 800 204 600 870 400
1993 36 900 101 400 209 500 966 500
1994 37 500 103 200 219 800 1 012 200
1995 37 400 103 700 227 700 1 051 100
1996 37 500 104 600 242 100 1 213 000
1997 37 900 107 000 263 700 1 395 500
1998 38 600 110 500 278 000 1 483 600
1999 39 100 112 500 287 700 1 515 900
2000 39 700 115 500 313 100 1 972 500
2001 39 600 117 000 317 900 1 665 400
2002 39 700 117 300 304 300 1 610 200
2003 39 600 117 100 300 900 1 506 400
2004 40 100 119 600 316 300 1 662 900
2005 40 500 122 300 338 000 1 883 600
2006 41 100 125 200 355 600 2 020 800
2007 41 800 128 300 363 000 2 073 500
2008 42 400 130 100 347 600 1 841 400
2009 42 300 129 400 326 800 1 516 900
2010 42 600 130 700 330 500 1 574 100
2011 42 900 131 800 333 400 1 655 200
2012 43 600 134 100 332 800 1 506 400
2013 44 300 136 700 335 600 1 514 200
2014 44 500 137 600 341 400 1 523 400
2015 44 600 137 400 352 200 1 764 100

D’un point de vue comptable, l’incidence de ces tendances sur l’écart de rémunération entre les sexes en général est déterminée par deux facteurs, soit la représentation des femmes au sein de chaque groupe de rémunération, soit la rémunération des femmes par rapport à celle des hommes dans chacun de ces groupes. Ces deux facteurs sont étudiés dans la présente analyse.

La part des femmes au sein des groupes de revenu supérieurs a considérablement augmenté de 1978 à 2015. Cependant, les femmes demeuraient nettement sous-représentées au sein de chaque groupe à la fin de la période. À partir du milieu des années 2000, les femmes représentaient 48 % de toutes les personnes gagnant un revenu, et un peu plus de 50 % des personnes du palier inférieur de 90 % (graphique 2).

La part des femmes du palier suivant de 9 % a augmenté, passant de près de 7 % à 25 %, ce qui a eu pour effet que le ratio hommes-femmes était de 3 à 1 en 2015. Dans le même ordre d’idées, la part des femmes du palier suivant de 0,9 % a augmenté, passant de 3 % à 17 %, faisant en sorte que le ratio hommes-femmes approchait 5 à 1. La part des femmes du palier supérieur de 0,1 % a triplé, passant de près de 4 % à 12 %, ce qui s’est traduit par un ratio hommes-femmes d’environ 7 à 1.

Il est évident que des gains ont été faits en ce qui concerne la représentation des femmes. Cependant, malgré cette situation, les femmes demeurent sous-représentées dans chacun des groupes de revenu supérieurs. Au Canada, les hommes du palier supérieur de 0,1 % se comptent par dizaines de milliers, tandis que les femmes se comptent à quelques milliers.

Graphique 2 Proportion des femmes au sein des groupes de rémunération, Canada, 1978 à 2015

Tableau de données du graphique 2 
Tableau de données du graphique 2
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 2 Tous, Palier inférieur de 90 %, Palier suivant de 9 %, Palier suivant de 0,9 % et Palier supérieur de 0,1 %, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Tous Palier inférieur de 90 % Palier suivant de 9 % Palier suivant de 0,9 % Palier supérieur de 0,1 %
pourcentage
1978 37,7 41,2 6,7 2,8 3,6
1979 38,7 42,3 6,9 3,2 3,0
1980 39,5 43,1 7,4 4,2 3,5
1981 40,4 44,1 7,9 4,3 3,4
1982 40,9 44,5 9,5 3,9 4,1
1983 41,4 45,0 9,5 4,4 4,0
1984 42,0 45,7 9,5 4,5 4,2
1985 42,5 46,2 10,0 5,1 4,5
1986 43,1 46,7 10,6 6,5 4,7
1987 43,7 47,3 11,4 7,6 5,9
1988 44,2 47,8 12,3 8,7 6,1
1989 44,7 48,2 12,8 9,1 6,8
1990 45,1 48,6 14,2 8,0 6,5
1991 45,4 48,8 15,9 8,5 6,3
1992 45,7 49,0 17,6 9,4 6,4
1993 45,9 49,0 18,6 9,6 7,1
1994 45,9 49,1 17,7 10,3 6,6
1995 46,0 49,2 17,5 10,6 6,3
1996 46,0 49,2 17,9 11,0 7,0
1997 46,1 49,3 17,4 12,1 6,7
1998 46,3 49,5 18,5 13,0 7,4
1999 46,6 49,8 18,9 13,9 8,8
2000 46,9 50,0 20,2 14,1 9,4
2001 47,1 50,1 20,1 14,7 9,2
2002 47,3 50,2 21,2 15,3 9,3
2003 47,4 50,3 22,1 15,4 9,8
2004 47,5 50,4 22,6 15,6 9,0
2005 47,6 50,5 22,5 16,0 9,6
2006 47,8 50,6 22,6 16,2 9,5
2007 47,9 50,7 23,3 16,1 10,1
2008 47,9 50,7 23,7 16,2 10,0
2009 48,1 50,7 26,2 16,0 11,7
2010 48,1 50,7 25,5 16,2 10,7
2011 48,1 50,7 25,3 16,4 11,1
2012 48,0 50,6 24,6 16,3 11,3
2013 47,9 50,6 24,4 16,7 12,5
2014 47,9 50,7 24,1 16,5 12,0
2015 48,0 50,6 25,1 17,5 12,0

La rémunération annuelle des femmes par rapport à celle des hommes variait d’un groupe de revenu supérieur à un autre. En ce qui concerne le palier suivant de 9 % et celui de 0,9 %, la rémunération annuelle moyenne des femmes correspondait à plus de 95 % de la rémunération moyenne des hommes au cours de la majorité de la période de référence (graphique 3). Cette situation porte à croire qu’au moment où les femmes atteignent le palier supérieur de 10 % de la répartition de la rémunération (mais sans atteindre le palier supérieur de 0,1 %), elles travaillent à une intensité et à un taux de rémunération semblables à ceux des hommes. Au palier supérieur de 0,1 %, la rémunération annuelle des femmes par rapport à celle des hommes baisse au fil du temps jusqu’à la fin des années 1990, après quoi la tendance semble s’inverser. Cependant, les estimations pour le palier supérieur de 0,1 % sont sensibles au cycle opérationnel et plus instables en raison de la taille plus petite de l’échantillon sous-jacentNote 9.

Au palier inférieur de 90 %, la rémunération annuelle moyenne des femmes par rapport à celle des hommes a augmenté considérablement au cours de la période de référence, passant d’environ 63 % à la fin des années 1970 et d’environ 69 % durant la majeure partie des années 1980 à plus de 75 % tout au long de la grande partie des années 1990, et à près de 85 % à la fin des années 2000. Dans le graphique 3, il est particulièrement intéressant de noter la différence croissante du ratio de la rémunération femmes-hommes entre le palier inférieur de 90 % et toutes les personnes gagnant un revenu. Comme nous l’avons expliqué ci-dessus, les hommes sont surreprésentés parmi les 10 % des personnes gagnant des revenus élevés. Cela signifie que, lors du calcul du ratio de la rémunération femmes-hommes pour le palier inférieur de 90 % plutôt que celui pour toutes les personnes gagnant un revenu, un nombre supérieur d’hommes gagnant un revenu supérieur que de femmes gagnant un revenu supérieur est exclu. Le ratio de la rémunération femmes-hommes est donc beaucoup plus élevé pour le palier inférieur de 90 % qui affiche une croissance supérieure par rapport au ratio de la rémunération femmes-hommes chez tous les travailleurs. En effet, la différence entre le ratio de la rémunération femmes-hommes du palier inférieur de 90 % et la répartition complète a augmenté, passant de près de 9 points de pourcentage en 1978 à environ 15 points de pourcentage en 2015. En ce qui concerne les femmes du palier inférieur de 90 %, soit la grande majorité des femmes, le ratio de la rémunération annuelle moyenne femmes-hommes est beaucoup plus positif et s’améliore plus rapidement que les chiffres ne le laissent entendre. Cela souligne l’importance de mieux comprendre le palier supérieur de 10 % pour évaluer l’évolution de l’écart de rémunération entre les sexes au Canada.

Il faut souligner que la rémunération des hommes et des femmes est comparée au sein des quatre groupes de rémunération délimités au sommet et au bas par les mêmes seuils (sauf le palier supérieur de 0,1 % pour lequel la rémunération est théoriquement non limitée au sommet). Cependant, même si les hommes et les femmes étaient aussi susceptibles les uns que les autres de se classer parmi ces groupes de rémunération, la gamme de gains annuels possibles dans chaque groupe est suffisamment vaste pour que personne ne s’attende à ce que la rémunération moyenne des hommes et des femmes soit automatiquement égalisée et que l’écart salarial disparaisse. En outre, la gamme de gains possibles dans les trois groupes supérieurs choisis dans le cadre de la présente étude est supérieure à celle du palier inférieur de 90 %. Ce fait a des répercussions sur la contribution de chaque groupe à l’écart de rémunération entre les sexes en général comme le montre l’exercice comptable suivant.

Graphique 3 Rémunération annuelle moyenne des femmes en pourcentage de la rémunération annuelle moyenne des hommes dans les groupes de rémunération, Canada, 1978 à 2015

Tableau de données du graphique 3 
Tableau de données du graphique 3
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 3 Tous, Palier inférieur de 90 %, Palier suivant de 9 %, Palier suivant de 0,9 % et Palier supérieur de 0,1 %, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Tous Palier inférieur de 90 % Palier suivant de 9 % Palier suivant de 0,9 % Palier supérieur de 0,1 %
pourcentage
1978 54,4 63,1 95,5 101,4 82,3
1979 54,0 62,9 95,4 101,4 80,8
1980 54,6 63,7 95,4 99,5 79,8
1981 54,9 64,3 95,1 100,4 81,2
1982 57,0 67,3 94,3 101,9 85,1
1983 57,9 68,7 94,7 100,1 89,9
1984 57,6 68,4 94,9 99,4 91,4
1985 57,2 68,3 95,5 97,2 96,4
1986 57,9 68,9 96,1 97,2 94,7
1987 58,0 69,4 96,3 97,1 92,5
1988 57,6 69,5 96,8 99,3 86,4
1989 58,2 70,2 96,6 98,2 81,6
1990 60,2 72,4 96,2 95,7 84,2
1991 62,4 74,8 96,0 96,8 83,7
1992 64,2 76,4 96,0 95,1 85,5
1993 64,6 77,0 95,6 95,5 89,5
1994 64,3 77,1 95,6 93,7 88,4
1995 64,0 77,3 95,9 94,1 82,9
1996 63,8 77,5 96,1 95,2 73,3
1997 63,0 77,5 96,2 95,4 69,8
1998 63,2 77,7 96,0 96,1 72,3
1999 63,5 77,8 96,4 97,0 74,7
2000 63,1 78,3 96,2 95,6 82,3
2001 63,8 78,8 96,8 95,3 85,3
2002 64,7 79,3 96,5 94,9 90,0
2003 65,5 79,7 96,0 95,6 86,6
2004 65,1 79,7 96,2 95,2 86,6
2005 64,5 79,7 96,2 95,7 81,1
2006 64,4 80,1 96,4 96,8 77,7
2007 64,8 80,7 96,4 96,6 80,9
2008 66,0 81,2 95,8 96,6 82,6
2009 69,0 83,7 95,5 96,3 87,9
2010 68,5 83,2 95,6 96,7 90,0
2011 68,2 82,9 95,9 96,7 93,2
2012 68,2 82,7 96,0 98,2 94,7
2013 68,4 82,8 96,2 97,7 90,6
2014 68,0 82,8 96,3 97,4 86,6
2015 68,5 83,5 96,4 96,7 83,3

Le tableau 1 constitue un exercice comptable qui regroupe certains de ces faits stylisés; il met l’accent sur quatre années : 1980, 1990, 2000 et 2015Note 10. Puisque la distribution des gains a été répartie en quatre groupes s’excluant mutuellement, les gains moyens totaux (colonne) des hommes (ou des femmes) peuvent être inscrits comme la somme pondérée des gains moyens des hommes (ou des femmes) pour chaque palier. Les gains moyens sont affichés dans les colonnes intitulées « Gains annuels moyens » pour chaque groupe; le palier inférieur de 90 %, le palier suivant de 9 %, le palier suivant de 0,9 % et le palier supérieur de 0,1 % figurent dans différentes rangées. Les facteurs de pondération qui ont servi à additionner ces gains moyens pour obtenir les gains moyens totaux pour chaque année sont présentés dans les colonnes « Proportion ».

On peut calculer ces proportions de la façon suivante, en prenant comme exemple l’année 2015. Le graphique 2 montre qu’en 2015, la part des femmes dans le palier inférieur de 90 %, le palier suivant de 9 %, le palier suivant de 0,9 % et le palier supérieur de 0,1 % est de 50,6 %, 25,1 %, 17,5 % et 12,0 % respectivement. Cela laisse entendre que la part des hommes au sein des quatre groupes est de 49,5 %, 74,9 %, 82,5 % et 88,0 %. Donc, si l’on tient compte de la proportion de travailleurs dans les quatre groupes, hommes et femmes séparément, la proportion d’hommes dans le palier inférieur de 90 % sera inférieure à exactement 90 % et supérieure à la taille des groupes suivants. On observe la situation inverse pour les femmes. Puisque les femmes ne forment que 48 % de l’échantillon, le calcul des proportions exactes se fait en divisant le produit obtenu en multipliant les parts par la taille des groupes, par ce nombre plutôt qu’en deux. Plus précisément, chez les femmes, la proportion de travailleuses figurant dans le palier inférieur de 90 % sera supérieure à 90 % : 50,6 % x 90 % ÷ 48 % = 94,9 %. Pour le prochain palier de 9 %, le calcul est de 25,1 % x 9 % ÷ 48 % = 4,7 %; pour le prochain palier de 0,9 %, le calcul correspond à 17,5 % x 0,9 % ÷ 48 % = 0,33 %, et pour le palier supérieur de 0,1 %, 12 % x 0,1 % ÷ 48 % = 0,025 %Note 11.

Ensuite, le calcul de la colonne « Contribution à l’écart global des gains » de chaque groupe est effectué en soustrayant les gains moyens pondérés des hommes à ceux des femmes pour chaque rangée, la moyenne pondérée des gains pour chaque sexe étant le produit de la proportion de travailleurs multipliée par les gains moyens pour chaque rangée. Ces différences sont présentées en dollars ainsi qu’en pourcentages de l’écart des gains totaux inscrits dans la rangée « Total » de chaque palier. Dans la dernière colonne,« Ratio de la rémunération femmes-hommes », on a calculé le ratio entre la moyenne pondérée des gains des femmes et celle des hommes, et l’on y présente les mêmes nombres que ceux qui figurent dans le graphique 3Note 12.

On peut recueillir certains faits stylisés importants à partir de cet exercice comptable. D’abord, la contribution des 10 % supérieurs (la somme du palier suivant de 9 %, du palier suivant de 0,09 % et du palier supérieur de 0,1 %) à l’écart de rémunération entre les sexes est toujours supérieure à la contribution des 90 % inférieurs, et augmente de façon considérable au fil du temps. Plus précisément, l’augmentation a été de 60 % en 1980, de 72 % en 1990, de 81 % en 2000 et de 86 % en 2015. Inversement, la contribution des 90 % inférieurs diminue au fil du temps. Deuxièmement, l’augmentation de l’importance relative du 1 % supérieur a ralenti à la suite de la crise financière mondiale de 2008-2009, un phénomène que l’on peut attribuer à une baisse des gains du palier supérieur de 0,1 %, comme l’illustre le tableau. Troisièmement, les ratios femmes-hommes semblent plus favorables pour les personnes gagnant les revenus les plus élevés, soit ceux de la fourchette des 95 % supérieurs, parce que l’écart entre les gains représente un montant en dollars considérable. Pourtant, il ne faudrait pas les ignorer lorsqu’on considère les différentes sources de l’écart global de rémunération femmes-hommes. Quatrièmement, les ratios globaux femmes-hommes sont beaucoup moins favorables que les ratios femmes-hommes d’un même groupe, d’où l’importance de la ségrégation verticale de l’écart de rémunération femmes-hommesNote 13.


Tableau 1
Contribution de la rémunération des travailleurs dans différents centiles de rémunération à l'écart global de rémunération entre les sexes
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Contribution de la rémunération des travailleurs dans différents centiles de rémunération à l'écart global de rémunération entre les sexes Hommes, Femmes, Contribution à l’écart global de rémunération entre les sexes, Ratio de la rémunération femmes-hommes, Proportion , Rémunération annuelle moyenne et Proportion, calculées selon proportion , dollars, proportion, pourcentage et ratio unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Hommes Femmes Contribution à l’écart global de rémunération entre les sexes Ratio de la rémunération femmes-hommes
Proportion Rémunération annuelle moyenne Proportion Rémunération annuelle moyenne
proportion dollars proportion dollars dollars pourcentage ratio
A : 1980
Palier inférieur de 90 % 0,846 47 000 0,982 29 900 10 300 40 0,637
Palier suivant de 9 % 0,138 101 200 0,017 96 600 12 300 47 0,954
Palier suivant de 0,9 % 0,014 186 200 0,001 185 200 2 500 10 0,995
Palier supérieur de 0,1 % 0,002 568 300 0,000 441 500 900 3 0,777
Total 1,000 57 300 1,000 31 200 26 000 100 0,546
B : 1990
Palier inférieur de 90 % 0,842 43 100 0,970 31 200 6 000 27 0,724
Palier suivant de 9 % 0,141 102 500 0,028 98 600 11 600 52 0,962
Palier suivant de 0,9 % 0,015 215 200 0,002 205 900 2 900 13 0,957
Palier supérieur de 0,1 % 0,002 983 800 0,000 768 300 1 600 7 0,781
Total 1,000 55 700 1,000 33 500 22 200 100 0,602
C : 2000
Palier inférieur de 90 % 0,848 44 500 0,958 34 800 4 400 19 0,783
Palier suivant de 9 % 0,135 116 400 0,039 111 900 11 400 50 0,962
Palier suivant de 0,9 % 0,015 315 100 0,003 301 300 3 800 17 0,956
Palier supérieur de 0,1 % 0,002 2 012 400 0,000 1 586 900 3 100 14 0,789
Total 1,000 61 600 1,000 38 900 22 700 100 0,631
D : 2015
Palier inférieur de 90 % 0,854 48 600 0,949 40 600 3 000 14 0,835
Palier suivant de 9 % 0,130 138 600 0,047 133 700 11 700 55 0,964
Palier suivant de 0,9 % 0,014 354 200 0,003 342 700 3 900 18 0,967
Palier supérieur de 0,1 % 0,002 1 809 300 0,000 1 433 900 2 700 13 0,793
Total 1,000 67 700 1,000 46 400 21 300 100 0,685

Qu’arriverait-il si plus de femmes atteignaient le palier supérieur de 10 %?

Parmi les autres façons d’évaluer l’importance du palier supérieur de 10 % pour l’écart de rémunération entre les sexes, il faut poser la question hypothétique suivante : « quel serait le ratio de la rémunération femmes-hommes si les parts des femmes dans chacun des quatre groupes de rémunération étaient les mêmes que les parts des hommes?Note 14 ». Autrement dit, quelle est l’incidence de la sous-représentation des femmes chez les Canadiens gagnant les revenus les plus élevés sur l’écart de rémunération entre les sexes au Canada? Tandis que la présente étude n’est pas la première à établir des hypothèses en fonction de rangs positionnelsNote 15, il est important de reconnaître que ces hypothèses sont assorties de pièges éventuels. Il est évident que les hypothèses visant à répondre à la question « qu’arriverait-t-il si la représentation des femmes dans tous les centiles ou déciles de la répartition des gains combinés était la même que celle des hommes? » pourraient expliquer toutes les différences entre les sexes en matière de rémunération moyenne. On cherche ici à évaluer l’incidence de la sous-représentation des femmes au décile le plus élevé sur l’écart global entre la rémunération moyenne des hommes et celle des femmes. Dans le cadre de cet exercice, la rémunération annuelle moyenne des femmes au sein de chaque groupe est demeurée la même. Le graphique 4 illustre les ratios de rémunération femmes-hommes hypothétiques et réels.

Si les femmes étaient réparties entre les centiles de rémunération dans les mêmes proportions que les hommes, le ratio de la rémunération femmes-hommes en 2015 aurait augmenté, passant de près de 69 % (réel) à près de 88 % (hypothétique), ce qui équivaut à une réduction de l’écart de rémunération entre les sexes de 31 % (réel) à 12 % (hypothétique)Note 16. Autrement dit, la sous-représentation des femmes représentait 19 des 31 points de pourcentage (ou 61 %) de l’écart de rémunération entre les sexes.

En outre, la sous-représentation des femmes parmi les personnes qui gagnent les revenus les plus élevés semble représenter une proportion croissante de l’écart de rémunération entre les sexes. De 1978 à 1980, la sous-représentation des femmes parmi les personnes gagnant les revenus les plus élevés représentait environ 41 % de l’écart de rémunération entre les sexes, alors que de 2001 à 2015, elle représentait en moyenne environ 60 % de l’écart.

Ce point est important parce que les facteurs traditionnels qui sont à l’origine de l’écart de rémunération entre les sexes, comme l’éducation, l’expérience de travail, la profession et la syndicalisation, continuent de faire en sorte qu’une proportion importante de l’écart est inexpliquée. Blau et Kahn (2016) suggèrent que des explications complémentaires peuvent comprendre des différences entre les sexes dans les répartitions de l’emploi. Dans ce contexte, la sous-représentation des femmes parmi les personnes qui gagnent les revenus les plus élevés comme seul facteur représentait 61 % de l’écart de rémunération entre les sexes en 2015. Baker et Drolet (2010) observent aussi que, dans certains domaines comme le niveau de scolarité, les femmes obtiennent de plus en plus de meilleurs résultats que les hommes. Cependant, puisque le salaire des femmes n’a pas augmenté proportionnellement, ces facteurs ont une capacité d’explication négative en ce qui concerne l’écart de rémunération. Cependant, Baker et Drolet affirment que l’exception la plus importante est la répartition de l’emploi selon l’industrie, où les hommes affichent encore un avantage important.

Graphique 4 Ratios de la rémunération femmes-hommes (réel et simulé), Canada, 1978 à 2015

Tableau de données du graphique 4 
Tableau de données du graphique 4
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 4 Ratio de rémunération réel et Ratio simulé, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Ratio de rémunération réel Ratio simulé
pourcentage
1978 54,4 72,9
1979 54,0 72,7
1980 54,6 73,3
1981 54,9 73,9
1982 57,0 76,0
1983 57,9 77,2
1984 57,6 77,3
1985 57,2 77,2
1986 57,9 78,2
1987 58,0 78,4
1988 57,6 78,5
1989 58,2 79,1
1990 60,2 80,1
1991 62,4 82,0
1992 64,2 82,8
1993 64,6 83,1
1994 64,3 83,6
1995 64,0 83,3
1996 63,8 83,0
1997 63,0 83,3
1998 63,2 83,4
1999 63,5 83,9
2000 63,1 84,2
2001 63,8 85,4
2002 64,7 85,1
2003 65,5 85,7
2004 65,1 85,3
2005 64,5 85,5
2006 64,4 85,5
2007 64,8 85,7
2008 66,0 86,8
2009 69,0 87,6
2010 68,5 87,8
2011 68,2 88,1
2012 68,2 87,7
2013 68,4 87,9
2014 68,0 87,7
2015 68,5 87,8

Répercussions de la répartition selon l’industrie

Le FDLMO ne renferme pas de renseignements sur les professions ni le niveau de scolarité des déclarants. Il est donc impossible d’examiner le rôle de ces facteurs en ce qui concerne l’écart de rémunération entre les sexes. Cependant, le FDLMO comprend des renseignements uniformes sur le secteur de l’industrie. En outre, une classification uniforme des industries existe pour 1991 à 2015, ce qui permet d’étudier le rôle de l’industrie en ce qui concerne l’écart de rémunération entre les sexesNote 17. Il faut noter, par contre, que les « effets » de l’industrie qui peuvent être étudiés tiennent compte des effets d’autres facteurs pouvant varier systématiquement selon les grands groupes d’industries, comme la profession, le niveau de scolarité et l’incidence de l’emploi à temps partiel. Ces données ne tiennent pas compte de ces facteurs. Le tableau 2 illustre les répartitions des travailleurs selon le sexe et les groupes de revenu pour 11 industries pendant deux périodes de cinq ans, soit de 1991 à 1995 et de 2011 à 2015, ces deux périodes correspondant au début et à la fin de la période de référence utilisée dans cette partie de l’analyse.

Comme prévu, il existe une énorme différence en ce qui concerne la répartition des travailleurs et des travailleuses entre les industries. Des proportions beaucoup plus importantes d’hommes sont employées dans les industries de l’exploitation minière, du pétrole et du gaz, des services publics et de la construction, de la fabrication ainsi que du commerce de gros, du transport et de l’entreposage. En revanche, des proportions beaucoup plus importantes de femmes sont employées dans les industries des services d’enseignement et des soins de santé et de l’assistance sociale. La baisse de l’emploi dans l’industrie de la fabrication et la hausse de l’emploi dans les industries de l’exploitation minière, du pétrole et du gaz, des services publics et de la construction entre le début des années 1990 et la fin des années 2000 sont évidentes lorsqu’on compare les panels figurant dans les parties supérieur et inférieur du tableau 2. Ces modifications ont eu une incidence plus élevée sur les hommes, en raison de leur surreprésentation au sein de ces industriesNote 18.

Le tableau 2 comporte une nouvelle caractéristique, c’est-à-dire la répartition selon l’industrie des hommes et des femmes au sein de chacun des quatre groupes de revenu. Comme prévu, la répartition des industries du palier inférieur de 90 % est très semblable à la répartition des industries de tous les travailleurs. Lorsque la part du groupe ayant la rémunération la plus élevée d’une industrie est supérieure à celle de tous les travailleurs, les travailleurs dans cette industrie sont plus susceptibles d’atteindre le palier supérieur de 9 %, le palier supérieur de 0,9 % ou le palier supérieur de 0,1 % de la répartition de la rémunération. Lorsque la part du groupe ayant la rémunération la plus élevée d’une industrie est plus faible, les travailleurs dans cette industrie sont moins susceptibles d’atteindre le palier supérieur de la répartition de la rémunération.

Le tableau 2 révèle que la représentation au sein de groupes de centiles différents pour une industrie donnée varie davantage chez les femmes que chez les hommes. En outre, elle suit des tendances différentes. Premièrement, la représentation des femmes (en pourcentage) est semblable pour l’ensemble des groupes de centiles dans des secteurs comme la fabrication, le commerce de gros, le transport et l’entreposage. Deuxièmement, malgré une forte représentation au sein du palier inférieur de 90 %, la représentation des femmes diminue à des niveaux plus élevés de la répartition de la rémunération dans les secteurs du commerce de détail, des soins de santé et de l’assistance sociale et dans d’autres services (à l’exception de l’administration publique). Troisièmement, il y a surreprésentation (par rapport à l’ensemble de la répartition des industries) au palier suivant de 9 %, mais il y a sous-représentation au palier supérieur de 1 % dans les industries des services d’enseignement et de l’administration publique. Enfin, certains secteurs, comme celui des finances, de l’assurance et de l’immobilier et celui des services professionnels, scientifiques et commerciaux, sont dominants parmi les secteurs offrant les revenus les plus élevés.


Tableau 2
Composition de l’industrie selon le sexe et le groupe de rémunération, 1991 à 1995 et 2011 à 2015
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Composition de l’industrie selon le sexe et le groupe de rémunération Total, Hommes, Femmes, Palier inférieur de 90 %, Palier suivant de 9 %, Palier suivant de 0,9 %, Palier supérieur de 0,1 % et Palier suivant de 9%, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Total Hommes Total Femmes
Palier inférieur de 90 % Palier suivant de 9 % Palier suivant de 0,9 % Palier supérieur de 0,1 % Palier inférieur de 90 % Palier suivant de 9 % Palier suivant de 0,9 % Palier supérieur de 0,1 %
pourcentage
Panel A : de 1991 à 1995
Agriculture, foresterie, pêche et chasse 2,3 2,7 0,5 0,7 1,1 1,3 1,4 0,3 1,3 Note x: confidentiel en vertu des dispositions de la Loi sur la statistique
Exploitation minière, pétrole et gaz, services publics et construction 12,2 11,9 14,2 11,1 11,7 2,7 2,6 3,9 5,5 10,7
Fabrication 21,9 22,0 21,9 19,1 16,4 9,7 9,9 5,6 10,4 11,9
Commerce de gros, transport et entreposage 13,6 14,1 10,4 16,0 13,1 6,8 6,8 5,0 10,3 15,5
Commerce de détail 7,8 8,6 3,4 4,3 5,6 10,8 11,1 3,2 5,5 7,2
Finances, assurance et immobilier 4,7 4,2 6,1 17,0 28,2 9,2 9,2 7,9 21,1 25,7
Services professionnels, scientifiques et commerciaux 7,3 7,2 7,2 12,9 15,4 7,7 7,7 7,4 15,1 17,0
Services d’enseignement 6,0 5,1 11,9 3,4 0,1 11,0 10,2 33,0 4,1 Note x: confidentiel en vertu des dispositions de la Loi sur la statistique
Soins de santé et assistance sociale 3,0 3,1 1,9 3,1 1,9 17,2 17,3 12,6 7,5 5,1
Autres services (sauf les administrations publiques) 10,1 10,7 6,7 6,7 6,1 14,1 14,3 8,2 9,4 3,9
Administration publique 11,2 10,6 15,7 5,7 0,2 9,6 9,5 13,0 9,8 Note x: confidentiel en vertu des dispositions de la Loi sur la statistique
Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
Panel B : de 2006 à 2010
Agriculture, foresterie, pêche et chasse 1,7 2,0 0,4 0,3 0,4 0,9 0,9 0,2 0,2 Note x: confidentiel en vertu des dispositions de la Loi sur la statistique
Exploitation minière, pétrole et gaz, services publics et construction 15,8 14,4 23,9 22,4 16,9 3,4 3,1 8,6 12,8 11,2
Fabrication 15,3 15,8 12,5 9,7 8,6 6,3 6,3 5,6 6,2 6,0
Commerce de gros, transport et entreposage 13,0 13,2 11,9 13,2 10,5 6,5 6,4 7,5 10,9 8,6
Commerce de détail 8,4 9,2 3,8 4,1 3,4 10,8 11,1 4,5 5,2 9,2
Finances, assurance et immobilier 5,0 4,3 7,5 18,7 36,2 7,8 7,6 12,4 23,6 42,8
Services professionnels, scientifiques et commerciaux 12,7 12,3 14,5 17,5 15,7 10,7 10,5 13,2 17,8 14,1
Services d’enseignement 4,8 5,0 4,5 1,2 Note x: confidentiel en vertu des dispositions de la Loi sur la statistique 11,4 11,4 10,8 2,4 Note x: confidentiel en vertu des dispositions de la Loi sur la statistique
Soins de santé et assistance sociale 3,6 3,7 3,0 4,3 2,0 19,2 19,5 14,1 8,3 2,5
Autres services (sauf les administrations publiques) 11,3 12,1 6,2 6,1 6,2 13,7 14,1 6,9 7,6 4,5
Administration publique 8,4 8,0 11,9 2,4 Note x: confidentiel en vertu des dispositions de la Loi sur la statistique 9,3 9,0 16,1 5,0 Note x: confidentiel en vertu des dispositions de la Loi sur la statistique
Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

En raison de ces tendances différentes en matière de représentation dans les groupes de rémunération supérieurs, la composition de l’industrie montre un ensemble de ségrégation verticale selon le sexe (c.-à-d. une ségrégation aux différents échelons des hiérarchies administratives et des hiérarchies d’entreprise) et de ségrégation horizontale selon le sexe (c.-à-d. une ségrégation entre les activités à des échelons semblables de hiérarchies d’entreprise différentes). En fait, les répartitions des industries des hommes et des femmes sont beaucoup plus semblables au palier suivant de 0,9 % et au palier supérieur de 0,1 % de la répartition de la rémunération annuelle qu’au palier suivant de 9 % ou au palier inférieur de 90 %. Par exemple, le panel B du tableau 2 montre que les trois principaux secteurs industriels pour le palier supérieur de 0,9 % et le palier supérieur de 0,1 % (finances, assurance et immobilier; services professionnels, scientifiques et commerciaux; exploitation minière, pétrole et gaz, services publics et construction) sont les mêmes pour les hommes et les femmes. Pour le palier suivant de 9 %, les trois principaux secteurs industriels sont propres à chaque sexe. Dans le cas des hommes, il s’agit de l’exploitation minière, du pétrole et du gaz, des services publics et de la construction, de la fabrication ainsi que des services professionnels, scientifiques et commerciaux. Dans le cas des femmes, il s’agit des soins de santé et de l’assistance sociale, de l’administration publique ainsi que des services professionnels, scientifiques et commerciaux. Il est donc naturel de se demander si les femmes du palier suivant de 9 % ou du palier inférieur de 90 % tireraient avantage du fait de travailler en grands nombres dans des secteurs traditionnellement masculins.

Pour examiner cette hypothèse plus directement, la rémunération annuelle moyenne hypothétique des femmes a été calculée en supposant que les femmes dans chacun des quatre centiles de rémunération ont été réparties entre les industries dans les mêmes proportions que les hommes. La rémunération hypothétique des femmes a ensuite été comparée à la rémunération réelle des hommes des mêmes centiles, afin de produire le ratio de rémunération hypothétique illustré au graphique 5. Autrement dit, il s’agit, par exemple, de la rémunération annuelle des femmes du palier suivant de 9 % par rapport à la rémunération annuelle des hommes du même groupe de centile si les deux étaient répartis de la même manière entre les industries.

Selon les résultats, si les femmes de chacun des quatre centiles travaillaient dans les mêmes industries que les hommes, le ratio global de la rémunération annuelle femmes-hommes simulé serait inférieur de moins de 1 point de pourcentage au ratio de la rémunération femmes-hommes réel (68,8 % en 2015). Dans le même ordre d’idées, le ratio de la rémunération annuelle femmes-hommes simulé du palier inférieur de 90 % serait inférieur, de 1,1 point de pourcentage à 2,4 points de pourcentage, au ratio réel (83,7 % en 2015). Cependant, au palier suivant de 9 %, les femmes qui travaillent dans les mêmes industries que les hommes obtiendraient un ratio femmes-hommes simulé de 1,4 point de pourcentage à 2,3 points de pourcentage supérieur au ratio femmes-hommes réel (96,4 % en 2015). L’échantillon est trop petit pour produire des résultats simulés pour le palier suivant de 0,9 % et le palier supérieur de 0,1 %Note 19.

Graphique 5 Ratios de la rémunération femmes-hommes (réel et simulé) en fonction de la répartition hypothétique au sein des groupes de rémunération dans l'ensemble des secteurs de l’industrie, certains groupes de rémunération, Canada, 1991 à 2015

Tableau de données du graphique 5 
Tableau de données du graphique 5
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 5 Ratio de rémunération réel, tous, Ratio de rémunération réel, palier inférieur de 90 %, Ratio de rémunération réel, palier suivant de 9 %, Ratio de rémunération simulé, tous, Ratio de rémunération simulé, palier inférieur de 90 % et Ratio de rémunération simulé, palier suivant de 9 %, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Ratio de rémunération réel, tous Ratio de rémunération réel, palier inférieur de 90 % Ratio de rémunération réel, palier suivant de 9 % Ratio de rémunération simulé, tous Ratio de rémunération simulé, palier inférieur de 90 % Ratio de rémunération simulé, palier suivant de 9 %
pourcentage
1991 62,4 74,8 96,0 61,3 73,2 97,7
1992 64,1 76,4 96,0 62,8 74,4 97,7
1993 64,6 76,9 95,7 63,4 75,1 97,8
1994 64,4 77,1 95,7 63,2 75,4 97,5
1995 64,1 77,2 95,9 63,0 75,6 97,8
1996 63,8 77,5 96,1 63,0 76,1 98,2
1997 63,1 77,5 96,2 62,3 76,2 98,1
1998 63,3 77,6 96,0 62,7 76,5 98,1
1999 63,6 77,9 96,4 62,9 76,7 98,2
2000 63,4 78,3 96,2 62,4 76,7 98,2
2001 63,9 78,8 96,8 62,8 77,0 98,2
2002 64,7 79,3 96,5 63,5 77,4 98,0
2003 65,5 79,7 96,0 64,3 77,8 97,7
2004 65,0 79,6 96,2 64,0 77,9 98,0
2005 64,6 79,7 96,2 63,6 78,0 98,0
2006 64,5 80,1 96,4 63,6 78,5 98,1
2007 64,9 80,7 96,3 64,0 79,0 98,2
2008 66,0 81,2 95,8 65,1 79,6 97,8
2009 69,0 83,7 95,5 67,7 81,3 97,8
2010 68,5 83,3 95,6 67,3 81,2 97,8
2011 68,4 83,0 95,9 67,3 81,0 98,1
2012 68,3 82,8 96,0 67,2 81,0 97,9
2013 68,5 82,9 96,2 67,5 81,2 98,0
2014 68,1 82,9 96,3 67,2 81,3 98,2
2015 68,8 83,7 96,4 67,8 82,0 98,4

On peut se demander dans quelle mesure les différences relatives à la rémunération annuelle moyenne entre les sexes évolueraient si la répartition générale des femmes et des hommes dans l’ensemble des industries demeurait la même, mais si les femmes dans chaque secteur étaient tout aussi susceptibles que les hommes d’avoir des emplois se situant dans les centiles de rémunération supérieurs. En un mot, comment la situation évoluerait-elle si les « plafonds de verre » étaient éclatés au sein des industries? Pour répondre à cette question, une rémunération annuelle moyenne hypothétique des femmes a été calculée, en supposant qu’au sein de chaque industrie, les femmes étaient tout aussi susceptibles que les hommes d’atteindre le palier suivant de 9 %, le palier suivant de 0,9 % et le palier supérieur de 0,1 %.

Le graphique 6 illustre l’incidence du ratio global de la rémunération femmes-hommes. Plus précisément, le ratio de la rémunération femmes-hommes simulé en l’absence de plafond de verre dans les industries aurait été d’environ 17 points de pourcentage plus élevé en 2015 que le ratio réel (68,8 %). Cette simulation produit des résultats très proches de ceux obtenus dans le scénario selon lequel les femmes étaient réparties entre les quatre centiles de rémunération dans les mêmes proportions que les hommes (graphique 4), sans tenir explicitement compte de la répartition dans l’ensemble des secteurs de l’industrieNote 20.

Graphique 6 Ratios de la rémunération femmes-hommes (réel et simulé) en fonction de la répartition hypothétique des femmes au sein de l’industrie, Canada, 1991 à 2015

Tableau de données du graphique 6 
Tableau de données du graphique 6
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 6 Ratio de rémunération réel et Ratio de rémunération simulé, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Ratio de rémunération réel Ratio de rémunération simulé
pourcentage
1991 62,4 82,3
1992 64,1 83,2
1993 64,6 83,8
1994 64,4 83,7
1995 64,1 82,8
1996 63,8 82,6
1997 63,1 82,7
1998 63,3 82,5
1999 63,6 83,1
2000 63,4 83,4
2001 63,9 84,3
2002 64,7 84,4
2003 65,5 85,3
2004 65,0 85,0
2005 64,6 85,0
2006 64,5 84,7
2007 64,9 85,0
2008 66,0 85,7
2009 69,0 87,4
2010 68,5 87,1
2011 68,4 87,0
2012 68,3 86,1
2013 68,5 86,2
2014 68,1 85,9
2015 68,8 86,1

Dans l’ensemble, les deux exercices hypothétiques ci-dessus donnent à penser que le fait de permettre aux femmes d’atteindre les échelons supérieurs de la rémunération au sein des industries aurait des répercussions beaucoup plus importantes sur le ratio de la rémunération femmes-hommes que le fait de permettre aux femmes de passer d’une industrie à une autre dans les centiles de rémunération.

Conclusion

Le présent document porte sur les conséquences d’une hausse de l’inégalité des revenus aux échelons supérieurs sur l’écart global de rémunération entre les sexes au cours de la période de 1978 à 2015. Les principales conclusions apportent un nouvel éclairage sur les différences salariales entre les hommes et les femmes au Canada.

Tout d’abord, les résultats confirment que les hommes continuent d’être plus nombreux que les femmes au sein des groupes de rémunération supérieurs, soit environ 3 à 1 pour les personnes du palier suivant de 9 %, environ 5 à 1 pour les personnes du palier suivant de 0,9 % et environ 7 à 1 pour les personnes du palier supérieur de 0,1 %. Néanmoins, des progrès ont été observés en ce qui a trait à la représentation des femmes au sein des groupes de rémunération supérieurs au cours de la période à l’étude.

Ensuite, le ratio de la rémunération femmes-hommes des personnes du palier inférieur de 90 % de la répartition de la rémunération annuelle était d’environ 9 points de pourcentage à 16 points de pourcentage supérieur au ratio de l’ensemble de la répartition au cours de la période à l’étude. Le ralentissement des progrès relatifs au ratio global femmes-hommes va de pair avec un effet « de nage à contre-courant » en ce qui concerne les hausses des revenus supérieurs. Un exercice comptable montre que la part de l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes en général qui découle de l’écart au sein des personnes gagnant un revenu se situant dans la tranche supérieure de 10 % a augmenté au fil du temps, passant de 60 % en 1980 à 86 % en 2015. De façon plus générale, les progrès ont ralenti pendant les périodes marquées par des hausses plus rapides des revenus supérieurs, comme au cours des années 1990, mais se sont accélérés à la suite de la crise financière mondiale en 2008-2009, qui a touché le plus fortement les personnes gagnant les revenus les plus élevés. En revanche, des progrès plus constants ont été observés en ce qui concerne le ratio de la rémunération femmes-hommes du palier inférieur de 90 % des personnes, et ce, jusqu’en 2008.

Troisièmement, les expériences hypothétiques qui remplacent les parts des femmes par des parts des hommes dans les quatre groupes de centiles sélectionnés montrent qu’une part majoritaire non reconnue de l’écart de rémunération inexpliqué est attribuable à la sous-représentation des femmes au sein des groupes de rémunération supérieurs. Ce résultat va de pair avec l’hypothèque selon laquelle une ségrégation verticale des sexes joue un rôle important en ce qui concerne l’écart de rémunération entre les sexes qui persiste. Cependant, à cet égard, il existe une grande hétérogénéité parmi les secteurs industriels.

Quatrièmement, les expériences hypothétiques dans lesquelles la répartition des femmes dans les industries était remplacée par la répartition des hommes dans les industries pour calculer la rémunération moyenne selon le sexe dans des groupes de centiles ont montré que seules les femmes des groupes de rémunération supérieurs tireraient avantage du fait de travailler dans des secteurs traditionnellement masculins. En outre, les expériences hypothétiques dans l’industrie ont montré que les améliorations en ce qui a trait à l’écart de rémunération entre les sexes découlant du fait que les femmes ont atteint les échelons de la rémunération les plus élevés au sein des industries seraient beaucoup plus importantes que les améliorations éventuelles découlant du fait que les femmes sont passées d’une industrie à une autre à des échelons de rémunération semblables.

Tandis que l’inégalité des gains augmente dans les groupes de revenu les plus élevés, des améliorations plus poussées en ce qui a trait à la représentation des femmes parmi les personnes gagnant les revenus les plus élevés seront probablement nécessaires pour assurer la réduction constante de l’écart de rémunération entre les sexes au 21e siècle.

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Annexe

Données et méthodes

La présente étude repose sur des données provenant de trois versions du FDLMO : a) le FDLMO de 1978 à 1989; b) le FDLMO de 1983 à 2010; c) le FDLMO de 1989 à 2015. Les trois versions ont été combinées pour créer une seule série de données sur les gains couvrant la période allant de 1978 à 2015 comme suit :

Étape 1 : Les gains des personnes proviennent des trois versions du fichier. Pour les FDLMO de 1978 à 1989 et de 1983 à 2010, seules les données sur les gains provenant des feuillets T4 sont accessibles. Le FDLMO de 1989 à 2015 contient les gains totaux déclarés dans les feuillets T1 et T4. Puisque les gains figurant sur les feuillets T1 font l’objet d’une évaluation par l’Agence du revenu du Canada, ce sont ces données qui ont été utilisées pour la période allant de 1989 à 2015, lorsqu’elles étaient accessibles; sinon, les gains inscrits dans les fichiers T4 ont été utilisés.

Étape 2 : Pour chaque année, seules les personnes dont les gains étaient supérieurs à un seuil minimum ont été incluses dans l’échantillon. Le seuil de revenu minimum est calculé comme suit : les gains obtenus pour une semaine de travail de 40 heures pendant 13 semaines par année à la moitié du salaire minimum provincial au cours d’une année donnée. Les gains ont ensuite été convertis en dollars constants de 2015.

Étape 3 : Les données sur les gains pour la période allant de 1983 à 1988 provenant du FDLMO de 1983 à 2010 ont été reliées au FDLMO de 1989 à 2015 à l’aide d’un facteur de correction, selon l’approche exposée dans Morissette (2018). Le facteur de correction est le ratio des gains moyens en 1989 du FDLMO de 1989 à 2015 et du FDLMO de 1983 à 2010, calculé séparément selon le sexe et le centile (palier inférieur de 90 %, palier suivant de 9 %, palier suivant de 0,9 % et palier supérieur de 0,1 %).

Étape 4 : Les données sur les gains pour la période allant de 1978 à 1982 provenant du FDLMO de 1978 à 1989 ont été reliées aux données corrigées du FDLMO de 1983 à 2010 à l’aide d’un facteur de correction obtenu à partir de l’année commune 1983.


Tableau A.1
Seuils de revenu par centile, 1978 à 2015
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Seuils de revenu par centile. Les données sont présentées selon Année (titres de rangée) et 90 centile, 99 centile et 99,9 centile, calculées selon dollars constants de 2015 unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Année 90e centile 99e centile 99,9e centile
dollars constants de 2015
1978 83 000 144 000 297 000
1979 83 000 143 000 314 000
1980 83 000 145 000 323 000
1981 83 000 145 000 308 000
1982 82 000 144 000 334 000
1983 81 000 141 000 328 000
1984 82 000 142 000 334 000
1985 82 000 145 000 368 000
1986 82 000 147 000 367 000
1987 83 000 150 000 414 000
1988 84 000 157 000 476 000
1989 84 000 158 000 486 000
1990 83 000 155 000 432 000
1991 82 000 150 000 407 000
1992 84 000 151 000 390 000
1993 84 000 151 000 435 000
1994 85 000 155 000 472 000
1995 85 000 159 000 477 000
1996 85 000 164 000 534 000
1997 86 000 172 000 613 000
1998 88 000 181 000 651 000
1999 89 000 187 000 666 000
2000 90 000 199 000 761 000
2001 90 000 203 000 745 000
2002 91 000 200 000 683 000
2003 91 000 199 000 668 000
2004 93 000 206 000 711 000
2005 94 000 215 000 801 000
2006 96 000 223 000 872 000
2007 97 000 229 000 886 000
2008 99 000 227 000 794 000
2009 99 000 222 000 700 000
2010 100 000 224 000 719 000
2011 101 000 227 000 709 000
2012 102 000 229 000 690 000
2013 104 000 233 000 699 000
2014 104 000 236 000 712 000
2015 104 000 238 000 761 000

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