Aperçus économiques
Tendances des cotisations aux REER et des retraits préalables à la retraite, 2000 à 2013

par Derek Messacar,
Division de l’analyse sociale et de la modélisation, Statistique Canada

Date de diffusion : le 13 février 2017

Début de l'encadré

Le présent article de la série Aperçus économiques propose une vue d’ensemble des récentes tendances de l’utilisation de régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER) chez les déclarants canadiens de 25 à 54 ans, de 2000 à 2013. L’analyse est centrée sur les différences de comportement en matière de cotisations à un REER et de retraits entre les groupes de revenu, à l’époque où le compte d’épargne libre d’impôt (CELI) a été introduit. Dans l’ensemble, l’analyse révèle que l’entrée de fonds dans des REER a diminué ces dernières années.

Introduction

Les régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER) sont un outil d’épargne fiscalement avantageux qui, comme son nom l’indique, incite les particuliers à épargner pour la retraite. Comme les cotisations à ces comptes sont versées avant impôts, l’avantage fiscal tiré de l’utilisation de REER dépend en grande partie du taux marginal d’imposition du cotisant (Veall, 2001). Toutefois, les REER sont aussi utilisés pour d’autres raisons, comme en témoignent la fréquence d’utilisation de REER par des personnes à faible revenu (Frenken, 1997) et la corrélation des retraits préalables à la retraite avec des événements, tels que le divorce ou la séparation, la perte d’emploi ou le décès du conjoint (Mawani et Paquette, 2011). Des études précédentes démontrent que, pour chaque cotisation de cinq dollars à un REER, environ un dollar est retiré avant la retraite au cours de la même année d’imposition (Akyeampong, 1998; Giles et Maser, 2004).

Le présent article fait état des récentes tendances des cotisations à un REER et des retraits, de 2000 à 2013, chez les personnes âgées de 25 à 54 ans, selon une analyse des données sur l’impôt tirées de la Banque de données administratives longitudinales (DAL) de Statistique CanadaNote 1. En particulier, l’analyse est axée sur les différences d’utilisation entre les personnes ayant différents niveaux de revenu. Frenken (1997) note que, chez les déclarants à plus faible revenu, il y a peu de motivation à cotiser à des REER, mais que bon nombre d’entre eux le font quand même. Or, ce comportement s’explique peut-être simplement par le fait que, pendant longtemps, les REER constituaient le seul outil d’épargne généralisé qui offrait un avantage fiscal aux personnes n’ayant pas de régime de retraite parrainé par l’employeur. Depuis l’introduction des comptes d’épargne libre d’impôt (CELI) en 2009, les Canadiens disposent d’un nouveau mécanisme d’épargne fiscalement avantageux et sont encouragés, par diverses mesures incitatives, à cotiser à un REER selon leur niveau de revenu. Ainsi, dans le présent article, on examine aussi la façon dont l’utilisation de REER a changé au sein de divers groupes de revenu à l’époque où les CELI ont été introduits.

Tendances de l’utilisation de REER et de CELI

Le graphique 1-1 montre le nombre de cotisants à un REER et de personnes ayant retiré des fonds d’un REER au sein du groupe des 25 à 54 ans de 2000 à 2013. Il en ressort plusieurs tendances dignes d’intérêt. Premièrement, le nombre de cotisants a diminué graduellement d’environ 16 % au cours de cette période, passant de 5,0 millions en 2000 à 4,2 millions en 2013. Deux des reculs annuels les plus marqués sont survenus de 2007 à 2008 (2,8 %) et de 2008 à 2009 (4,4 %), ce qui coïncidait tant avec la récession économique de 2008-2009 qu’avec l’introduction des CELI en 2009. Comme le nombre total de déclarants de 25 à 54 ans compris dans l’échantillon a augmenté de 3,2 % au cours de la période pertinente, ces tendances ne résultent pas simplement de l’évolution démographique.

Deuxièmement, le nombre total de personnes ayant retiré des fonds d’un REER s’est accru au cours de la période, passant d’environ 0,9 million en 2000 à 1,3 million en 2013. L’analyse établit une distinction entre les personnes qui ont retiré des fonds, selon qu’il s’agit de retraits directs auprès d’institutions financières ou de retraits indirects découlant de défauts de paiement dans le cadre du Régime d’accession à la propriété (RAP). Alors que le nombre total de personnes ayant retiré des fonds s’est accru, le nombre de personnes ayant effectué des retraits directs est demeuré stable, même pendant la récession, ce qui semble indiquer une utilisation croissante du RAP ou une augmentation des défauts de paiement dans le cadre du RAPNote 2. Il est utile de noter que des personnes cotisent parfois à un REER tout en étant en défaut de paiement dans le cadre d’un RAP (sans désigner leur cotisation au REER comme un remboursement) au cours d’une même année. Ce comportement n’a pas d’incidence sur leurs obligations fiscales, puisque la contribution au REER est déductible d’impôts et compense l’inclusion de revenus du remboursement manqué au RAP, mais cela diminue les droits de cotisations au REER disponibles.

Troisièmement, la légère baisse de l’utilisation des REER au cours des dernières années a coïncidé avec une augmentation du nombre de personnes âgées de 25 à 54 ans qui ont cotisé à un CELI, qui est passé de 2,0 millions en 2009 à 3,0 millions en 2013. Cependant, même si le nombre de cotisants à un CELI a augmenté, il en a été de même du nombre de personnes qui ont effectué des retraits. En 2013, environ 1,6 million de personnes ont retiré des fonds de leurs CELI, ce qui représente un peu plus de la moitié du nombre de cotisants cette année-là.

Le montant estimatif des entrées de fonds dans des REER et des sorties de fonds de REER est présenté au graphique 1-2. Conformément à la tendance à la baisse de la fréquence de cotisation, la valeur totale des cotisations à des REER a diminué de façon constante au cours de la période chez les personnes âgées de 25 à 54 ans, passant d’environ 30,6 milliards de dollars à 22,5 milliards de dollars (mesurée en dollars constants de 2013). En revanche, les retraits totaux sont demeurés relativement stables depuis 2000. Malgré la prévalence des personnes en défaut de paiement dans le cadre du RAP (illustrée au graphique 1-1), la valeur comparativement faible des défauts de paiement fait en sorte qu’ils ne représentent qu’environ 5 % à 10 % des retraits totaux. En effet, puisque le montant maximal qu’une personne pouvait emprunter de ses REER pendant la plus grande partie de la période visée était de 20 000 $ et que la période de remboursement s’étendait sur 15 ans, le montant des défauts de paiement serait au plus d’environ 1 350 $ par anNote 3.

Le graphique 1-2 montre également que les cotisations à des CELI ont augmenté récemment, passant d’environ 9,0 milliards de dollars en 2009 à 15,9 milliards de dollars en 2013 (mesurées en dollars constants de 2013). La mesure dans laquelle cette tendance représente une redistribution des cotisations à l’épargne des REER ou autres outils d’épargne vers les CELI n’est pas claire; c’est pourquoi elle est analysée en détail ci-dessous. Toutefois, la valeur des fonds retirés des CELI a aussi augmenté, passant de 1,3 milliard de dollars en 2009 à 7,4 milliards de dollars en 2013. Pour chaque dollar versé dans un CELI en 2013, environ 0,47 dollar a été retiré cette année-là. Ainsi, tant la fréquence que l’ampleur des fonds retirés des CELI sont nettement plus importantes que pour ce qui est des REER.

Les graphiques 2-1 et 2-2 permettent d’examiner plus à fond les répartitions de l’utilisation de REER en montrant les 10e, 25e, 50e (la médiane), 75e et 90e centiles des répartitions des cotisations à un REER et des retraits d’un REER, respectivement, en dollars constants de 2013. Par exemple, le graphique 2-1 montre que la cotisation médiane à un REER en 2013 s’établissait à 2 650 $, tandis que le 90e centile des cotisations était de 13 750 $. En général, ces graphiques indiquent que la majorité des cotisations et des retraits sont modestes, mais qu’il y a tout de même des parts non négligeables de cotisations et de retraits importants qui influent grandement sur les entrées et les sorties de fonds agrégées de ces régimes. La valeur des cotisations et celle des retraits ont affiché des baisses graduelles à chacun des centiles déclarés. Par exemple, les 25e et 75e centiles des cotisations aux REER ont diminué, pour passer de 1 650 $ à 1 100 $, et de 7 500 $ à 6 250 $ respectivement, de 2000 à 2013. Parallèlement, les 25e et 75e centiles des fonds retirés des REER ont chuté, pour passer de 850 $ à 350 $, et de 6 800 $ à 3 500 $ respectivement, pendant cette période.

Graphique 1-1
Fréquences estimatives des cotisations à un REER et à un CELI et des retraits d’un REER et d'un CELI chez les personnes de 25 à 54 ans, 2000 à 2013

Description du graphique 1-1
Tableau de données du graphique 1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 1. Les données sont présentées selon Année (titres de rangée) et Cotisants à un REER, Total, personnes ayant fait des retraits d’un REER, Total, personnes ayant fait des retraits directs d’un REER, Cotisants à un CELI et Personnes ayant fait des retraits d’un CELI, calculées selon million unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Année Cotisants à un REER Total, personnes ayant fait des retraits d’un REER Total, personnes ayant fait des retraits directs d’un REER Cotisants à un CELI Personnes ayant fait des retraits d’un CELI
million
2000 5,05 0,89 0,69 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
2001 5,00 0,96 0,70 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
2002 4,77 0,99 0,67 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
2003 4,67 1,09 0,71 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
2004 4,69 1,14 0,71 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
2005 4,72 1,21 0,72 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
2006 4,77 1,23 0,69 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
2007 4,78 1,27 0,68 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
2008 4,64 1,31 0,68 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
2009 4,44 1,40 0,73 2,03 0,41
2010 4,38 1,37 0,74 2,28 0,80
2011 4,35 1,36 0,72 2,59 1,12
2012 4,29 1,33 0,69 2,76 1,35
2013 4,23 1,31 0,69 3,06 1,60

Graphique 1-2
Montant estimatif des cotisations à des REER et à des CELI et des retraits de REER et de CELI chez les personnes de 25 à 54 ans, 2000 à 2013

Description du graphique 1-2
Tableau de données du graphique 1-2
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 1-2. Les données sont présentées selon Année (titres de rangée) et Cotisations à un REER, Retraits totaux d’un REER, Retraits directs d’un REER, Cotisations à un CELI et Retraits d'un CELI, calculées selon milliards de dollars constants de 2013 unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Année Cotisations à un REER Retraits totaux d’un REER Retraits directs d’un REER Cotisations à un CELI Retraits d'un CELI
milliards de dollars constants de 2013
2000 30,60 5,15 5,00 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
2001 29,25 5,20 5,00 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
2002 26,60 4,90 4,65 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
2003 25,75 5,05 4,80 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
2004 25,40 5,00 4,70 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
2005 25,20 4,75 4,40 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
2006 25,75 4,80 4,45 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
2007 25,55 4,80 4,40 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
2008 23,85 4,55 4,10 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
2009 24,55 5,20 4,75 8,96 1,32
2010 23,75 5,20 4,75 11,23 3,02
2011 22,85 5,00 4,55 12,98 4,56
2012 22,65 4,70 4,30 13,47 5,89
2013 22,50 4,65 4,20 15,91 7,40

Graphique 2-1
Répartition des cotisations à un REER selon le centile chez les personnes de 25 à 54 ans, 2000 à 2013

Description du graphique 2-1
Tableau de données du graphique 2-1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 2-1. Les données sont présentées selon Centiles (titres de rangée) et 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009, 2010, 2011, 2012 et 2013, calculées selon dollars constants de 2013 unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Centiles 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013
dollars constants de 2013
10e 750 700 650 650 600 600 550 550 500 500 500 500 450 450
25e 1 650 1 600 1 450 1 400 1 350 1 250 1 250 1 200 1 150 1 200 1 200 1 150 1 150 1 100
50e (médiane) 3 700 3 500 3 300 3 200 3 100 3 000 2 950 2 900 2 750 2 850 2 800 2 700 2 700 2 650
75e 7 500 7 200 6 800 6 750 6 600 6 500 6 600 6 500 6 150 6 600 6 500 6 250 6 200 6 250
90e 14 750 14 200 13 650 13 700 13 550 13 500 13 650 13 550 13 000 14 100 13 850 13 500 13 450 13 750

Graphique 2-2
Répartition des retraits d’un REER selon le centile chez les personnes de 25 à 54 ans, 2000 à 2013

Description du graphique 2-2
Tableau de données du graphique 2-2
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 2-2. Les données sont présentées selon Centile (titres de rangée) et 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009, 2010, 2011, 2012 et 2013, calculées selon dollars constants de 2013 unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Centile 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013
dollars constants de 2013
10e 300 250 200 200 200 150 150 150 150 150 150 150 150 150
25e 850 700 600 550 500 400 400 350 350 400 400 350 350 350
50e (médiane) 2 650 2 150 1 750 1 700 1 550 1 250 1 200 1 100 1 050 1 150 1 150 1 050 1 050 1 000
75e 6 800 6 600 5 950 5 650 5 150 4 400 4 250 3 900 3 400 3 750 3 900 3 700 3 500 3 500
90e 14 500 13 500 13 150 12 700 12 050 11 000 11 100 10 800 9 750 10 550 10 850 10 400 10 250 10 000

Personnes ayant cotisé à un REER et ayant retiré des fonds d’un REER

Le tableau 1 présente des statistiques descriptives concernant l’ensemble des déclarants de 25 à 54 ans, les cotisants à un REER et les personnes ayant retiré des fonds d’un REER, regroupés sur la période allant de 2000 à 2013. Tout d’abord, l’analyse démontre que les cotisants à un REER étaient plus souvent de sexe masculin et mariés, avaient des gains plus élevés et étaient un peu moins susceptibles d’avoir un enfant faisant partie de la famille de recensement, comparativement à l’échantillon complet des déclarants. Le fait que moins de femmes que d’hommes ont cotisé n’a pas changé depuis les années 1990 (Frenken, 1996; 1998). De plus, les cotisants occupaient un emploi plus souvent, étaient plus susceptibles d’avoir des gains en capital ou un revenu de placements et étaient moins susceptibles de toucher des prestations d’assurance-emploi ou d’aide sociale, comparativement aux non-cotisants. Fait intéressant, 50 % des personnes qui ont cotisé à un REER avaient aussi un régime de pension agréé (RPA) parrainé par l’employeur ou un régime de participation différée aux bénéfices, et mesuré par un facteur d’équivalence positif; ce qui semble indiquer que les deux outils d’épargne sont relativement complémentaires en pratiqueNote 4.

Tableau 1
Statistiques descriptives des déclarants, des cotisants à un REER et des personnes ayant retiré des fonds d’un REER dans le groupe des 25 à 54 ans, 2000 à 2013
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Statistiques descriptives des déclarants Échantillon complet, Cotisants à un REER, Personnes ayant retiré des fonds d’un REER, Comprend ceux en défaut de paiements au Régime d’accession à la propriété et Exclut ceux en défaut de paiement au Régime d’accession à la propriété, calculées selon années, pourcentage et dollars constants de 2013 unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
  Échantillon complet Cotisants à un REER Personnes ayant retiré des fonds d’un REER
Comprend ceux en défaut de paiements au Régime d’accession à la propriété Exclut ceux en défaut de paiement au Régime d’accession à la propriété
années
Caractéristiques démographiques  
Âge 40,1 40,9 40,8 41,5
  pourcentage
Sexe féminin 51,3 46,9 47,3 49,0
Sexe masculin 48,7 53,1 52,7 51,0
Marié 74,3 78,3 74,7 70,5
A un enfant faisant partie de la famille de recensement 64,1 62,2 65,8 62,3
Emploi et gains  
A un revenu d’emploi 77,7 93,4 85,3 85,1
A un revenu de travail autonome 9,8 9,9 9,7 8,8
A un revenu d’assurance-emploi 13,5 11,1 17,0 17,4
A des gains en capital ou un revenu de placements 23,3 37,2 19,4 19,9
A un revenu tiré de l’aide sociale 5,9 0,2 1,3 1,6
Caractéristiques de l’épargne  
A des cotisations à un REER 40,9 100,0 41,6 50,8
Taux d’épargne dans des REER 7,4 6,8 -8,6 -13,1
Caractéristiques conditionnelles de l’emploi  
Syndiqué 34,0 37,9 36,1 34,9
A un régime de retraite en milieu de travail 39,3 50,0 45,2 43,5
Santé et invalidité  
A des allocations médicales ou d’invalidité 12,2 13,3 13,6 13,6
  dollars constants de 2013
Caractéristiques des gains  
Revenu d’emploi et de travail autonome 40 950 57 800 46 150 44 200
Revenu total 44 150 61 300 52 400 52 550

Conformément aux statistiques descriptives ayant trait aux cotisants à un REER, les personnes qui ont retiré des fonds étaient également plus susceptibles d’être de sexe masculin et d’occuper un emploi que l’échantillon complet des déclarants. Toutefois, par rapport aux cotisants à un REER, les personnes ayant retiré des fonds d’un REER étaient moins susceptibles d’être mariées, d’occuper un emploi ou de recevoir des gains en capital ou un revenu de placements; elles avaient des gains moins élevés et étaient plus susceptibles de toucher des prestations d’assurance-emploi ou d’aide sociale. Ces résultats sont conformes aux constatations de Mawani et Paquette (2011), qui montrent que les retraits servent souvent au lissage du revenu (réduction des fluctuations de revenu).

Abstraction faite des personnes en défaut de paiement dans le cadre du RAP, environ 51 % des personnes qui ont retiré des fonds de leurs REER au cours d’une année donnée y ont également cotisé dans la même année. Ce comportement peut se produire si des personnes ont initialement épargné de façon excessive, puis ont fait face à des contraintes financières, ou si elles ont choisi de cotiser à leur REER vers la période de production des déclarations de revenus pour réduire leur obligation fiscale totale, même si elles ont précédemment retiré des fonds. Malheureusement, il n’est pas possible de discerner, dans les dossiers fiscaux administratifs, si les cotisations précèdent généralement les retraits, ou vice versa. Somme toute, les personnes ayant retiré des fonds d’un REER ont tendance à « désépargner » (retirer plus qu’elles n’ont cotisé), malgré la prévalence des cotisations versées la même année, comme en témoigne le taux d’épargne moyen négatif de ce groupeNote 5.

Retraits d’un REER et retenues fiscales

Comme le fait remarquer Frenken (1996, p. 17), les « personnes qui prélèvent des sommes sur leur REER non seulement réduisent leur revenu futur, mais renoncent aussi, immédiatement, à une partie de leur épargne ». Cela se produit parce que les retraits d’un REER sont assujettis à une retenue fiscale. En effet, l’administrateur du régime retient à la source une partie du retrait et verse les fonds retenus à l’administration fiscale centrale à titre de paiement partiel de l’impôt exigible sur le revenuNote 6. Le tableau 2 présente le barème des taux de retenue fiscale au 31 décembre 2013. Par exemple, un résident d’une province autre que le Québec qui retire 4 000 $ recevra 3 600 $ (90 % de 4 000 $), tandis qu’un montant de 400 $ (10 % de 4 000 $) sera retenu à la source et versé à l’Agence du revenu du Canada en tant que versement d’impôt sur le revenu. Dans toutes les provinces, les taux de retenue fiscale sur les retraits d’un REER augmentent au-delà des seuils de 5 000 $ et de 15 000 $.

Tableau 2
Barèmes des taux de retenue fiscale sur les retraits forfaitaires d’un REER au 31 décembre 2013, dans les provinces canadiennes
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Barèmes des taux de retenue fiscale sur les retraits forfaitaires d’un REER au 31 décembre 2013 Québec et Autres provinces et territoires, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
  Québec Autres provinces et territoires
Provincial Fédéral Total
pourcentage
5 000 $ ou moins 16 5 21 10
5 001 $ à 15 000 $ 16 10 26 20
15 001 $ ou plus 16 15 31 30

Les graphiques 3-1 et 3-2 montrent l’effet des retenues fiscales sur l’utilisation de REER en pratique en représentant les répartitions des retraits de 1 $ à 15 000 $ (en dollars courants, puisque le barème des taux de retenue fiscale est aussi fonction de la valeur nominale des retraits) pour l’ensemble des personnes ayant retiré des fonds et pour celles qui ont effectué des retraits directs, respectivement. Les deux graphiques montrent des pics importants dans les répartitions des retraits à 5 000 $ et à 15 000 $, ce qui est conforme à des réactions de tri (ou de « concentration ») par rapport au barème des taux de retenue fiscale.

Graphique 3-1
Répartition des retraits totaux de REER d’au plus 15 000 $ chez les personnes de 25 à 54 ans, 2000 à 2013

Description du graphique 3-1
Tableau de données du graphique 3-1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 3-1. Les données sont présentées selon Compartiment (titres de rangée) et Répartition, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Compartiment Répartition
pourcentage
100 7,04
200 7,86
300 6,58
400 6,15
500 4,60
600 4,06
700 4,28
800 2,88
900 2,56
1 000 3,23
1 100 2,50
1 200 2,41
1 300 2,15
1 400 5,46
1 500 1,10
1 600 0,85
1 700 1,04
1 800 0,70
1 900 0,67
2 000 1,30
2 100 0,74
2 200 0,72
2 300 1,03
2 400 0,59
2 500 0,82
2 600 0,64
2 700 0,53
2 800 0,65
2 900 0,46
3 000 0,93
3 100 0,51
3 200 0,50
3 300 0,47
3 400 0,74
3 500 0,53
3 600 0,39
3 700 0,37
3 800 0,40
3 900 0,44
4 000 0,71
4 100 0,36
4 200 0,34
4 300 0,33
4 400 0,33
4 500 0,67
4 600 0,30
4 700 0,31
4 800 0,35
4 900 0,42
5 000 2,51
5 100 0,33
5 200 0,27
5 300 0,26
5 400 0,24
5 500 0,28
5 600 0,30
5 700 0,22
5 800 0,21
5 900 0,20
6 000 0,36
6 100 0,21
6 200 0,22
6 300 0,36
6 400 0,22
6 500 0,22
6 600 0,17
6 700 0,21
6 800 0,21
6 900 0,17
7 000 0,30
7 100 0,16
7 200 0,17
7 300 0,17
7 400 0,15
7 500 0,25
7 600 0,15
7 700 0,14
7 800 0,17
7 900 0,13
8 000 0,28
8 100 0,13
8 200 0,14
8 300 0,13
8 400 0,14
8 500 0,15
8 600 0,11
8 700 0,11
8 800 0,14
8 900 0,14
9 000 0,20
9 100 0,11
9 200 0,10
9 300 0,10
9 400 0,12
9 500 0,14
9 600 0,11
9 700 0,11
9 800 0,12
9 900 0,15
10 000 0,94
10 100 0,13
10 200 0,11
10 300 0,10
10 400 0,09
10 500 0,10
10 600 0,09
10 700 0,09
10 800 0,08
10 900 0,09
11 000 0,13
11 100 0,08
11 200 0,10
11 300 0,10
11 400 0,08
11 500 0,08
11 600 0,07
11 700 0,07
11 800 0,07
11 900 0,07
12 000 0,16
12 100 0,07
12 200 0,07
12 300 0,07
12 400 0,07
12 500 0,22
12 600 0,07
12 700 0,06
12 800 0,06
12 900 0,06
13 000 0,11
13 100 0,06
13 200 0,06
13 300 0,06
13 400 0,07
13 500 0,07
13 600 0,07
13 700 0,05
13 800 0,06
13 900 0,05
14 000 0,09
14 100 0,05
14 200 0,05
14 300 0,05
14 400 0,06
14 500 0,07
14 600 0,05
14 700 0,05
14 800 0,05
14 900 0,08
15 000 0,46

Graphique 3-2
Répartition des retraits directs de REER d’au plus 15 000 $ chez les personnes de 25 à 54 ans, 2000 à 2013

Description du graphique 3-2
Tableau de données du graphique 3-2
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 3-2. Les données sont présentées selon Compartiment (titres de rangée) et Répartition, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Compartiment Répartition
pourcentage
100 3,53
200 2,36
300 2,18
400 2,10
500 2,38
600 2,47
700 2,12
800 1,92
900 1,80
1 000 3,08
1 100 2,09
1 200 2,55
1 300 1,79
1 400 1,59
1 500 1,86
1 600 1,42
1 700 1,61
1 800 1,23
1 900 1,17
2 000 2,42
2 100 1,31
2 200 1,27
2 300 1,90
2 400 1,00
2 500 1,48
2 600 1,13
2 700 0,90
2 800 1,17
2 900 0,81
3 000 1,73
3 100 0,91
3 200 0,89
3 300 0,83
3 400 1,36
3 500 0,96
3 600 0,68
3 700 0,64
3 800 0,72
3 900 0,79
4 000 1,33
4 100 0,63
4 200 0,60
4 300 0,58
4 400 0,58
4 500 1,27
4 600 0,53
4 700 0,53
4 800 0,62
4 900 0,76
5 000 4,91
5 100 0,56
5 200 0,42
5 300 0,40
5 400 0,38
5 500 0,47
5 600 0,52
5 700 0,36
5 800 0,35
5 900 0,33
6 000 0,66
6 100 0,35
6 200 0,38
6 300 0,65
6 400 0,34
6 500 0,39
6 600 0,29
6 700 0,38
6 800 0,37
6 900 0,29
7 000 0,55
7 100 0,27
7 200 0,29
7 300 0,31
7 400 0,26
7 500 0,46
7 600 0,26
7 700 0,24
7 800 0,30
7 900 0,23
8 000 0,53
8 100 0,23
8 200 0,25
8 300 0,22
8 400 0,25
8 500 0,27
8 600 0,20
8 700 0,19
8 800 0,25
8 900 0,25
9 000 0,38
9 100 0,19
9 200 0,18
9 300 0,18
9 400 0,20
9 500 0,26
9 600 0,20
9 700 0,20
9 800 0,22
9 900 0,27
10 000 1,84
10 100 0,23
10 200 0,18
10 300 0,16
10 400 0,15
10 500 0,17
10 600 0,15
10 700 0,15
10 800 0,14
10 900 0,15
11 000 0,23
11 100 0,14
11 200 0,18
11 300 0,17
11 400 0,12
11 500 0,15
11 600 0,12
11 700 0,12
11 800 0,12
11 900 0,12
12 000 0,30
12 100 0,12
12 200 0,12
12 300 0,13
12 400 0,12
12 500 0,42
12 600 0,12
12 700 0,10
12 800 0,11
12 900 0,10
13 000 0,20
13 100 0,10
13 200 0,10
13 300 0,10
13 400 0,12
13 500 0,12
13 600 0,13
13 700 0,09
13 800 0,11
13 900 0,09
14 000 0,18
14 100 0,09
14 200 0,08
14 300 0,09
14 400 0,10
14 500 0,13
14 600 0,09
14 700 0,09
14 800 0,10
14 900 0,14
15 000 0,90

Le degré élevé de concentration observé n’est guère étonnant, surtout comparativement aux études connexes sur le tri qui s’exerce autour des discontinuités fiscales (Saez, 2010; Kleven et Waseem, 2013), en raison du degré élevé d’importance des taux de retenue fiscale sur les retraits de REER et de la capacité des gens d’exercer un contrôle précis sur le montant de leurs retraits. En outre, comme les taux exposés au tableau 2 sont des taux moyens (non marginaux) de retenue fiscale, le retrait de montants légèrement supérieurs à 5 000 $ ou à 15 000 $ a d’importants effets inframarginaux sur les fonds disponibles pour la consommation, comparativement au retrait de montants égaux ou légèrement inférieurs à ces seuilsNote 7.

Les graphiques 3-1 et 3-2 montrent aussi plusieurs autres types de réactions de tri. Tout d’abord, le pic important observé dans la répartition entre 1 300 $ et 1 400 $ est présent pour les retraits totaux, mais pas pour les retraits directs découlant de défauts de paiement dans le cadre du RAP. Si l’on compare les deux graphiques, il est manifeste qu’une importante masse de retraits se produit dans la partie inférieure de la répartition pour cette raison. De plus, il y a de faibles remontées à divers points de la répartition, particulièrement en deçà de 5 000 $, ce qui témoigne vraisemblablement du fait que les gens choisissent souvent de faire un retrait en chiffre rond. Le pic observé à 10 000 $, bien qu’il n’y ait pas de discontinuité dans le barème des taux de retenue fiscale à ce seuil, peut s’expliquer par le biais causé par le chiffre rond ou par le fait que les gens effectuent plusieurs retraits de montants moindres, peut-être en provenance de différents régimes ou auprès de différentes institutions financières, dans le but stratégique d’éviter le taux supérieur de retenue fiscale.

Dans l’ensemble, ces constatations jettent un nouvel éclairage sur un important déterminant du comportement en matière de retraits d’un REER. Comme la retenue fiscale ne constitue pas une pénalité ou un impôt final sur les retraits et qu’elle a un effet négligeable sur le patrimoine et l’obligation fiscale à vie, on ne sait pas vraiment dans quelle mesure une modification du taux de retenue fiscale devrait se répercuter sur les retraits de REER. La théorie du cycle de vie suppose que la consommation et l’épargne ne réagissent pas à des modifications prévisibles du revenu (Souleles, 1999). Toutefois, des études précédentes démontrent que les modifications prévisibles du revenu causées par des remboursements de taxe, des remboursements d’impôt, le moment auquel le chèque de paie est reçu et les retenues fiscales ont toutes d’importants effets sur les décisions du ménage en matière de consommation et d’épargne (Shapiro et Slemrod, 1995; Souleles, 1999; Johnson, Parker et Souleles, 2006; Stephens, 2006; Feldman, 2010; Jones, 2012; LaLumia, 2013). Le fait que les retenues fiscales semblent avoir une nette incidence sur les retraits de REER laisse entendre que le moment (infra-annuel) des paiements d’impôt sur le revenu peut réellement influer sur le comportement en matière d’épargne et de retraits.

L’utilisation des REER par rapport aux CELI : comparaison entre les groupes de revenu

L’introduction des CELI en 2009 a modifié la gamme des outils d’épargne fiscalement avantageux offerts aux Canadiens. Les cotisations aux CELI sont faites à partir du revenu après impôt, mais les revenus de placements s’accumulent à l’abri de l’impôt, et le revenu tiré des comptes n’est pas assujetti à l’impôt sur le revenu.

L’avantage relatif des REER par rapport aux CELI dépend de nombreux facteurs. Chez les personnes à faible revenu, les REER offrent peu d’incitation à l’épargne, compte tenu du fait que les taux marginaux d’imposition des cotisants sont déjà bas. En outre, les distributions en provenance de REER à la retraite empiètent sur le droit aux prestations de pension de l’État, plus précisément, le Supplément de revenu garanti (SRG), alors que ce n’est pas le cas des distributions en provenance de CELI. On peut s’attendre à ce que, collectivement, les personnes à plus faible revenu remplacent les REER par les CELI à l’introduction de ces derniers, à moins que des facteurs tels que l’inertie ou le manque de connaissances financières n’empêchent les gens de réagir ainsi.

En revanche, pour les personnes à revenu plus élevé, les REER offrent un avantage fiscal de taille, et l’empiètement sur le SRG est moins préoccupant. Toutefois, les personnes à revenu plus élevé ont tendance à être plus scolarisées et à avoir de meilleures connaissances financières que les personnes à plus faible revenu (Lusardi et Mitchell, 2010; Mullock et Turcotte, 2012). Elles peuvent aussi être plus susceptibles d’obtenir des rendements du capital investi supérieurs à ceux du marché (Calvet, Campbell et Sodini, 2009; Lusardi, Michaud et Mitchell, 2013). Il se peut donc que ces personnes cherchent davantage à utiliser les CELI afin de pouvoir éviter que ce revenu ne soit imposé. De plus, les REER et les CELI peuvent être très complémentaires en pratique, dans la mesure où les gens utilisent ces régimes pour des raisons sous-jacentes différentes, ou dans la mesure où leurs plafonds de cotisation à ces régimes exercent une contrainte sur le montant qu’ils peuvent effectivement épargnerNote 8.

Le graphique 4 illustre la fréquence de cotisation à des REER et à des CELI chez les personnes de 25 à 54 ans des différents quartiles de revenu de 2009 à 2013. Il importe de souligner que les valeurs représentent la probabilité de cotiser au cours d’une année donnée plutôt que la probabilité de détenir des actifs dans ces comptes, bien que les deux soient corrélées. Les résultats montrent que la fréquence d’épargne dans des comptes fiscalement avantageux augmente selon le revenu, passant de 9 % dans le quartile inférieur à près de 60 % dans le quartile supérieur. Cette tendance reflète plusieurs facteurs. Alors que les personnes à faible revenu tendent à disposer de moins de revenu à épargner, leur dépendance envers une épargne privée pour la retraite est également inférieure puisque la pension publique remplace un pourcentage décroissant de revenu à mesure que le revenu augmente. Par conséquent, les besoins en épargne de retraite privée progressent à mesure que le revenu augmente, afin de fournir un taux de remplacement de revenu cible à la retraite. Les résultats indiquent également que le taux de participation aux CELI par rapport aux REER diminue à mesure que le revenu augmente. Le groupe du quartile inférieur est environ 3,9 fois plus susceptible de cotiser à un CELI qu’à un REER, mais ce ratio tombe à 0,8 pour le groupe de revenu moyen inférieur et à 0,4 pour les groupes de revenu moyen supérieur et de revenu élevé.

Graphique 4 Fréquence de cotisation à un REER ou à un CELI (ou à l’un ou l’autre) parmi les groupes de revenu chez les personnes de 25 à 54 ans, 
2009 à 2013

Description du graphique 4
Tableau de données du graphique 4
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 4. Les données sont présentées selon Fréquence (titres de rangée) et Faible revenu, Revenu moyen inférieur, Revenu moyen supérieur, Revenu élevé, REER, CELI et L’un ou l’autre, calculées selon pourcentage, 2.0, 7.8, 9.0, 15.3, 12.2, 23.1, 36.7, 15.8, 42.5, 55.4, 22.3 et 59.9 unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Fréquence Faible revenu Revenu moyen inférieur Revenu moyen supérieur Revenu élevé
REER CELI L’un ou l’autre REER CELI L’un ou l’autre REER CELI L’un ou l’autre REER CELI L’un ou l’autre
pourcentage
  2,0 7,8 9,0 15,3 12,2 23,1 36,7 15,8 42,5 55,4 22,3 59,9

L’utilisation des REER par rapport aux CELI : analyse longitudinale

Dans la présente section, on utilise un plan de recherche longitudinal pour examiner l’effet de l’introduction des CELI sur les cotisations nettes aux REER (à savoir les cotisations moins les retraits). L’analyse est centrée sur deux types de personnes qui ont des préférences révélées pour l’épargne fiscalement avantageuse (c.-à-d. les personnes dont le comportement observé indique qu’elles recherchent des comptes d’épargne offrant des incitations fiscales à cotiser).

Le premier type comprend les personnes qui ont eu une épargne nette positive dans un REER au moins une fois de 2005 à 2008, appelées ci-après les « utilisateurs de REER » par souci de simplicité. Ce groupe démontre qu’il existe une demande d’épargne fiscalement avantageuse fondée sur son utilisation de REER. Il est donc particulièrement instructif d’examiner l’effet de l’introduction des CELI sur les décisions de ce groupe en matière de cotisations à des REER et de retraits de REER.

Le second type de personnes ayant une préférence révélée pour l’épargne fiscalement avantageuse comprend les personnes qui ont eu une épargne nette positive dans un CELI au moins une fois de 2009 à 2013, appelées ci-après les « utilisateurs de CELI » par souci de simplicité. Ce groupe révèle l’existence d’une demande d’épargne fiscalement avantageuse fondée sur son utilisation de CELI au lieu de REER. Bien que ces personnes aient pu utiliser ou pas des REER avant l’introduction des CELI, l’absence d’une telle utilisation ne peut être interprétée comme une absence de demande d’épargne fiscalement avantageuse. Ce comportement peut plutôt être le signe que la forme de compte d’épargne souhaitée n’avait pas encore été créée. Pour cette raison, il est également instructif d’examiner l’effet de l’introduction des CELI sur l’utilisation de REER chez les utilisateurs de CELI.

Les graphiques 5-1 et 5-2 montrent la fréquence de cotisation à un REER ou à un CELI et les valeurs moyennes de ces cotisations nettes, respectivement, parmi les utilisateurs de REER. Le graphique délimite également les personnes selon leur revenu total par rapport à la médiane en dollars constants de 2013, à l’aide de la valeur médiane calculée pour l’ensemble de données totalisées s’étendant des années 2005 à 2013. Conformément aux constatations précédentes, les taux d’épargne sont plus élevés au sein du groupe à revenu égal ou supérieur à la médiane, mais le remplacement des REER par des CELI est plus prévalent au sein du groupe à revenu inférieur à la médiane. En particulier, les utilisateurs de REER à revenu inférieur à la médiane sont devenus près de 45 % moins susceptibles d’épargner dans des REER de 2008 à 2013, alors que les utilisateurs de REER à revenu égal ou supérieur à la médiane ne sont devenus qu’environ 16 % moins susceptibles de le faire. La valeur moyenne de l’épargne accumulée dans des REER parmi les utilisateurs de REER à revenu inférieur à la médiane a chuté, passant de 800 $ en 2008 à seulement 100 $ en 2013. Bien que ces tendances puissent aussi s’expliquer par le début de la récession économique vers cette période, le fait que la somme de l’épargne accumulée dans des REER et de l’épargne accumulée dans des CELI n’a pas diminué (et a, en fait, augmenté pour le groupe à revenu plus élevé) semble indiquer que la récession n’est pas à l’origine de cet effet.

Graphique 5-1 Fréquence de cotisation à un REER ou à un CELI selon l’année chez les utilisateurs de REER de 25 à 54 ans, par groupe de revenu, 2005 à 2013

Description du graphique 5-1
Tableau de données du graphique 5-1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 5-1. Les données sont présentées selon Année (titres de rangée) et Inférieur à la médiane, Égal ou supérieur à la médiane, REER, CELI et REER ou CELI, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Année Inférieur à la médiane Égal ou supérieur à la médiane
REER CELI REER ou CELI REER CELI REER ou CELI
pourcentage
2005 53,3 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 53,3 79,0 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 79,0
2006 54,9 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 54,9 78,6 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 78,6
2007 56,8 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 56,8 78,7 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 78,7
2008 56,9 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 56,9 78,0 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 78,0
2009 41,5 17,6 49,6 71,5 23,3 75,2
2010 38,3 17,3 45,7 69,9 23,2 72,9
2011 35,8 18,1 43,5 68,4 24,2 71,2
2012 33,1 18,0 40,9 66,9 23,6 69,6
2013 31,4 18,5 39,7 65,8 24,7 68,7

Graphique 5-2 Cotisations nettes moyennes à des REER et à des CELI selon l’année chez les utilisateurs de REER de 25 à 54 ans, par groupe de revenu, 2005 à 2013

Description du graphique 5-2
Tableau de données du graphique 5-2
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 5-2. Les données sont présentées selon Année (titres de rangée) et Inférieur à la médiane, Égal ou supérieur à la médiane, REER, CELI et REER et CELI, calculées selon dollars constants de 2013 unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Année Inférieur à la médiane Égal ou supérieur à la médiane
REER CELI REER et CELI REER CELI REER et CELI
dollars constants de 2013
2005 1 100 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 1 100 4 700 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 4 700
2006 1 050 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 1 050 4 650 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 4 650
2007 950 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 950 4 550 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 4 550
2008 800 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 800 4 300 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 4 300
2009 350 700 1 100 4 050 1 000 5 050
2010 250 700 1 000 3 900 1 100 5 000
2011 200 700 900 3 750 1 100 4 850
2012 150 650 750 3 750 1 000 4 700
2013 100 700 800 3 700 1 100 4 850

En revanche, on observe peu de remplacement dans l’un ou l’autre groupe de revenu parmi les utilisateurs de CELI, qui ont pu épargner dans des REER ou pas du tout avant 2009, comme le montrent les graphiques 6-1 et 6-2. Au sein du groupe à revenu inférieur à la médiane, la fréquence de la cotisation à un régime d’épargne fiscalement avantageux a augmenté de plus de 35 points de pourcentage de 2008 à 2013, ce qui coïncide avec l’introduction des CELI, alors que l’épargne accumulée dans des REER n’a reculé que d’environ 3 points de pourcentage. Le faible degré de remplacement observé ici peut découler en partie du fait que les taux de participation à des REER étaient faibles au départ. De même, on observe peu de remplacement au sein du groupe à revenu égal ou supérieur à la médiane : la fréquence de cotisation à un REER ou à un CELI a augmenté d’environ 14 % de 2008 à 2013, alors que les cotisations à un REER n’ont diminué que de 8 %. L’introduction des CELI a vraisemblablement incité de nombreuses personnes qui ne le faisaient pas régulièrement auparavant à utiliser des comptes d’épargne fiscalement avantageux, quoique la mesure dans laquelle il en a résulté une nouvelle épargne au lieu d’une redistribution en provenance de comptes imposables dépasse la portée de la présente étude et demeure un important sujet de recherche future.

Graphique 6-1 Fréquence de cotisation à un REER ou à un CELI selon l’année chez les utilisateurs de CELI de 25 à 54 ans, par groupe de revenu, 2005 à 2013

Description du graphique 6-1
Tableau de données du graphique 6-1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 6-1. Les données sont présentées selon Année (titres de rangée) et Inférieur à la médiane, Égal ou supérieur à la médiane, REER, CELI et REER ou CELI, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Année Inférieur à la médiane Égal ou supérieur à la médiane
REER CELI REER ou CELI REER CELI REER ou CELI
pourcentage
2005 22,4 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 22,4 67,4 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 67,4
2006 22,6 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 22,6 67,4 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 67,4
2007 22,4 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 22,4 67,0 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 67,0
2008 21,8 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 21,8 65,7 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 65,7
2009 18,6 36,0 44,7 62,9 46,9 75,6
2010 19,0 37,8 45,9 62,9 47,0 74,5
2011 19,1 41,7 48,5 62,1 49,6 74,2
2012 18,8 44,8 50,7 61,1 49,7 73,3
2013 19,0 52,4 56,9 60,5 54,6 74,6

Graphique 6-2 Cotisations nettes moyennes à des REER et à des CELI selon l’année chez les utilisateurs de CELI de 25 à 54 ans, par groupe de revenu, 2005 à 2013

Description du graphique 6-2
Tableau de données du graphique 6-2
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 6-2. Les données sont présentées selon Année (titres de rangée) et Inférieur à la médiane, Égal ou supérieur à la médiane, REER, CELI et REER et CELI, calculées selon dollars constants de 2013 unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Année Inférieur à la médiane Égal ou supérieur à la médiane
REER CELI REER et CELI REER CELI REER et CELI
dollars constants de 2013
2005 400 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 400 4 350 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 4 350
2006 400 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 400 4 450 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 4 450
2007 400 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 400 4 400 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 4 400
2008 350 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 350 4 250 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 4 250
2009 250 1 350 1 600 4 350 1 950 6 300
2010 250 1 450 1 700 4 250 2 100 6 350
2011 250 1 450 1 700 4 050 2 100 6 150
2012 200 1 350 1 550 3 950 1 950 5 900
2013 200 1 700 1 900 3 900 2 300 6 200

Conclusion

Le présent article fait état des récentes tendances de l’utilisation de régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER) chez les déclarants âgés de 25 à 54 ans de 2000 à 2013, l’accent étant mis sur les différences entre les groupes de revenu, à l’époque où les comptes d’épargne libre d’impôt (CELI) ont été introduits.

Dans l’ensemble, l’entrée de fonds dans des REER a diminué ces dernières années. La question reste ouverte de savoir si cette tendance découle de facteurs tels que la récente récession économique, la transition vers d’autres moyens d’accumulation de richesse, dont l’avoir foncier, les CELI ou l’épargne imposable, ou des raisons complètement différentes. Toutefois, les retraits d’un REER avant la retraite sont corrélés avec plusieurs indicateurs de difficultés financières, notamment le fait de toucher des prestations d’assurance-emploi et d’aide sociale. Qui plus est, les retenues fiscales ont un effet sur ces retraits. Par ailleurs, comme l’on peut s’y attendre, la demande de REER semble différer selon le niveau de revenu total, comme le démontrent les différentes tendances de remplacement des REER par des CELI parmi les groupes de revenu depuis l’introduction des CELI en 2009. Collectivement, les REER sont vraisemblablement parfois utilisés pour des raisons autres que l’épargne-retraite, bien qu’il soit probable que les dépôts des déclarants resteront en grande partie dans leurs REER jusqu’à la retraite.

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