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11-010-XIB
L'Observateur économique canadien
Janvier 2004

Conditions économiques actuelles

Tableau sommaire - Indicateurs principaux

Vue d'ensemble*

En décembre, l’emploi s’est propulsé en avant pour un quatrième mois de suite, indice par excellence que l’économie a su secouer sa léthargie du milieu de l’année. La production a encore augmenté en octobre, la croissance de l’emploi permettant de soutenir les dépenses des ménages. Le redressement de l’économie américaine a aussi eu pour effet de stimuler la demande relative à nos ressources naturelles, aidant ainsi à atténuer l’effet d’amortissement de la montée du dollar canadien sur l’activité manufacturière.

L’emploi a progressé de 0,9 % au quatrième trimestre; c’est facilement plus que son gain de 0,2 % aux États-Unis. On peut penser que, dans ce dernier trimestre de l’année, le tableau comparatif de la performance économique de ces deux pays s’inversera, puisque, au troisième trimestre, l’économie américaine a crû de 2 % et l’économie canadienne, de 0,3 % seulement. Ce rendement des plus élevés du PIB de notre voisin du sud au troisième trimestre s’explique par divers facteurs, ponctuels pour la plupart.

Le tableau 1 montre bien les secteurs de la demande qui ont concouru à cette progression plus rapide aux États-Unis. À eux seuls, les stocks rendent compte de 1,2 de l’écart de croissance de 1,7 point entre les États-Unis et le Canada. Les entreprises américaines, plus particulièrement les entreprises de fabrication en difficulté, ont fermement contenu leurs stocks toute l’année et ont dû accélérer la production pour répondre à une demande accrue. Au Canada, les stocks ont nettement augmenté au premier semestre, d’où l’empressement des entreprises à s’en défaire lorsque la demande s’est améliorée. La décroissance des stocks au troisième trimestre a été concentrée dans les véhicules automobiles.

Tableau 1 : Contribution à la variation en pourcentage du PIB réel, troisième trimestre de 2003

  États-Unis Canada
Dépenses personnelles +1,2 +0,7
Habitation +0,3 +0,3
Investissements des entreprises +0,3 +0,3
Stocks 0 -1,2
Administrations publiques +0,1 +0,1
Exportations +0,2 -0,1
Importations 0 -0,2
PIB total +2,0 +0,3

Aux États-Unis par rapport au Canada, les dépenses des ménages ont apporté seulement 0,5 point de plus à la croissance malgré une dose massive de stimulants fiscaux administrée par le Trésor américain. Sur les 161 milliards de dollars (2 %) d’élévation du revenu disponible (tout a été dépensé), près des deux tiers sont attribuables soit à des allégements fiscaux (-64 milliards de dollars), soit à des transferts supérieurs (+30 milliards de dollars). Par ailleurs, la masse salariale s’est accrue de 0,6 % seulement, reflet du relâchement de la création d’emplois qui a perduré au quatrième trimestre. Par comparaison, disons que, au Canada, la croissance de l’emploi s’est accélérée au quatrième trimestre, conférant ainsi de solides bases au maintien de la progression des dépenses des ménages.

Les exportations nettes ont contribué un peu plus à la croissance aux États-Unis qu’au Canada, ce qui semble traduire l’évolution à long terme des taux de change. Le dollar américain a encore accentué son dérapage et l’indice général de la Réserve fédérale a perdu 8,3 % en 2003 après un premier recul de 3,4 % en 2002. Le résultat partiel en est que, dans ce pays, le secteur de la fabrication est en voie de se remettre d’un fléchissement persistant, la production ayant un peu monté au troisième trimestre avant de presser le pas et d’atteindre un taux de progression de 0,9 % en novembre, un sommet en quatre ans. À l’opposé, la valorisation rapide du dollar canadien a concouru à une contraction de notre industrie manufacturière cette dernière année. Une demande extérieure supérieure de certains de nos produits de base, notamment de produits énergétiques et métalliques, est venue amortir cette chute de nos exportations dans l’ensemble.

Les problèmes d’alimentation en électricité ont eu des effets bien plus marqués sur l’économie canadienne : une plus grande proportion de la population du pays a été touchée par la panne initiale en Ontario et le retour à la normale a été bien plus lent dans cette province, nécessitant notamment une semaine de plus de production réduite. C’est ainsi que, au Canada, la production industrielle a fléchi de 0,8 % en août, alors qu’elle n’a pas varié aux États-Unis. En outre, dans notre pays, les services ont également accusé une baisse de 0,8 % (il n’y a pas de statistiques mensuelles comparables pour les États-Unis). Que la panne ait eu lieu le deuxième mois du trimestre en a aussi aggravé les répercussions, retranchant jusqu’à 0,5 point à la croissance trimestrielle par rapport à la situation aux États-Unis. En revanche, l’imposant redressement de septembre a permis au Canada d’afficher une croissance supérieure au quatrième trimestre. Grâce à un gain de 0,2 % en octobre, notre PIB dépassait déjà de 0,7 % sa moyenne du troisième trimestre.

Marché du travail

En décembre, l’emploi s’est accru de 0,3 %. C’est son quatrième gain comparable de suite après des hausses demeurées des plus modestes dans les huit premiers mois de 2003. L’emploi à plein temps dans les entreprises a été le moteur de toute cette amélioration récente. La population active était toujours en progression, mais la croissance de l’emploi devait suffire à ramener le taux de chômage à 7,4 %, bien en retrait de son sommet de 8,0 % pour l’année atteint en septembre.

Dans l’industrie, l’élément dominant a été une fois de plus la dichotomie croissante entre les pertes en fabrication et les gains ailleurs. En fait, c’est ce qui a nettement marqué le marché du travail en 2003 : dans l’ensemble, le taux d’accroissement de l’emploi a été stable à 2,2 %, une baisse de 1,4 % en fabrication étant compensée par une remontée à 2,9 % dans les autres industries.

Les services ont connu un quatrième mois consécutif de solide croissance. Les services de santé ont mené le mouvement, bien secondés par les secteurs des agences de placement temporaire, des finances et des affaires immobilières.

L’an dernier, les services professionnels et techniques ont affiché la seule baisse, en raison de la faiblesse des services informatiques. Dans les industries de biens, les emplois perdus dans les usines ont eu plus que pour contrepoids une croissance de l’emploi dans les secteurs de la construction et des ressources naturelles (qui devancent toutes les industries avec une croissance de 10 % d’une année à l’autre). Le premier de ces secteurs a profité de l’essor de l’habitation et le second a vu ses prix parvenir à de nouveaux sommets cycliques, plus particulièrement en ce qui a trait au cours des métaux.

La plupart des régions ont été associées à la progression de l’emploi en décembre, contrairement au passé où les hausses étaient concentrées dans certaines régions. L’Ontario s’est distinguée à ce titre surtout grâce aux services. La Colombie-Britannique a offert son deuxième gain en importance dans les trois derniers mois en partie à cause de l’industrie de la construction, alors que la fermeté de l’industrie primaire aidait à la croissance de l’emploi dans les Prairies. Le Québec et les provinces Maritimes ont régressé dans ce domaine avec des pertes tant en fabrication que dans les services de commerce et de tourisme.

Indicateurs avancés

L’indicateur avancé composite a augmenté de 0,8 % en novembre, un taux de progression semblable à celui d’octobre (0,7 %) et de septembre (0,8 %). Il s’agit des trois hausses consécutives les plus marquées depuis le début de 2002. Les composantes reliées à la demande des entreprises ont pris la tête. L’indicateur avancé des États-Unis garde le cap. Il n’y a qu’une seule des dix composantes à la baisse.

La demande des entreprises au Canada donne ses signes d’amélioration les plus marqués et les plus étendus depuis de nombreux mois. Entraînées par les biens d’investissement, les nouvelles commandes auprès des fabricants enregistrent une deuxième croissance en trois mois qui, à cause de son ampleur (2 %), rattrape une grande partie de ses pertes de l’année. Le ratio des livraisons aux stocks de produits finis présente une première hausse en quatorze mois. Face à cette force de la demande, les fabricants ont mis fin à cinq mois de baisse de la durée hebdomadaire moyenne de travail tout en augmentant l’emploi. Les services aux entreprises, notamment les agences de personnel, sont responsables du relèvement de l’emploi dans les services ces trois derniers mois. Les perspectives optimistes pour les entreprises se reflètent sur les marchés boursiers qui ont poursuivi leur ascension.

La croissance de l’indicateur américain s’est maintenue à 0,4 % et le nombre de composantes en hausse est demeuré majoritaire à neuf sur dix. La fabrication a réagi positivement à l’amélioration de la demande finale, les commandes ayant augmenté, tant au niveau de l’investissement que de la consommation. La durée hebdomadaire de travail commence à rattraper ses lourdes pertes des dernières années, même si l’emploi dans le secteur de la fabrication a continué de reculer en novembre (les creux de la durée de travail ont précédé de six mois en moyenne ceux de l’emploi durant la période d’après-guerre). Le marché de l’habitation est demeuré le haut lieu des dépenses de consommation, bien que les niveaux d’inoccupation soient demeurés élevés.

Au Canada, l’indice du logement descend légèrement de son sommet de 30 ans. C’est la seule des dix composantes à baisser. Les ventes de meubles et d’articles ménagers ont pris la vedette de la demande des ménages, avec une troisième hausse d’affilée qui dépasse 1 %. Les ventes de biens durables accumulent maintenant six hausses consécutives. La résistance de la demande des ménages survient alors que l’emploi à plein temps enregistre une troisième forte hausse d’affilée.

Production

En octobre, le PIB réel s’est élevé de 0,2 % après que la panne d’électricité et le rétablissement qui a suivi lui ont fait tour à tour présenter une baisse de 0,8 % en août et une hausse de 1,1 % en septembre. Les ménages sont restés le moteur de la croissance, surtout avec l’habitation neuve et le commerce de détail. L’augmentation de la demande dans le secteur de l’habitation s’est traduite par des gains généralisés dans les secteurs des minéraux non métalliques et des services immobiliers. Ajoutons que les dépenses se sont encore accrues pour la plupart des services et plus particulièrement pour les services liés aux voyages.

L’industrie primaire était toujours en progression. Si la production d’énergie a plafonné ces trois derniers mois, la production des mines métalliques et des exploitations agricoles s’est renforcée. Le secteur minier s’est tout à fait remis de la grève à Inco pendant la période estivale. Le retour à des conditions plus normales pour les céréales des Prairies a profité à une grande diversité de secteurs liés : entreposage, commerce de gros, fabrication de pesticides et d’engrais, etc.

Il reste qu’un certain nombre de sources importantes de croissance ont récemment perdu toute fermeté. Le revirement le plus total s’est produit dans les services de télécommunication qui n’ont pas fait de gains depuis mai pour ainsi vivre leur plus longue traversée du désert (en fait, leur pire revers dans les trois dernières années avait été un fléchissement occasionnel de l’ordre de 0,1 %). La remontée du dollar a coïncidé avec un enlisement de la production manufacturière en octobre, notamment dans l’industrie de l’automobile et le secteur de la TIC, et ce, malgré une demande en hausse aux États-Unis. Par ailleurs, la production en éducation a accusé une quatrième baisse consécutive après s’être vivifiée au premier semestre pour accueillir la double cohorte ontarienne de diplômés de l’école secondaire.

Demande des ménages

En volume, les ventes au détail se sont redressées de 0,6 % en octobre, regagnant la moitié du terrain perdu les deux mois précédents. Fait plus impressionnant encore, cette progression des ventes a eu lieu malgré une autre contraction de la demande d’automobiles (qui en était à son quatrième mois consécutif en novembre) et un ralentissement des ventes de meubles et d’appareils électroménagers.

Les dépenses se sont nettement accrues en biens non durables, favorisées par une forte baisse des prix (plus particulièrement de l’énergie). Les prix réduits ont aussi continué à vivement allécher les acheteurs d’ordinateurs. La plupart des autres secteurs de consommation n’ont guère connu de changements.

Le marché de l’habitation a montré des signes de relâchement du rythme record qui avait été le sien pendant le plus clair de 2003. Les mises en chantier d’habitations ont fléchi de 10 %, mais tout ce mouvement a pour origine les logements multifamiliaux où le carnet d’invendus grossit. En revanche, les mises en chantier de logements unifamiliaux ont égalé leur maximum de l’année. L’essor de la construction d’habitations, joint à un ralentissement des ventes d’habitations neuves, a aussi poussé en hausse le nombre de maisons invendues après deux années de décroissance ininterrompue. Parallèlement, le marché de la revente s’est contracté en novembre après deux mois d’une expansion en partie provoquée par la baisse des taux d’intérêt en septembre.

Commerce de marchandises

Après s’être remis en septembre des effets de la panne d’électricité qui a eu lieu en août, le commerce canado-américain est revenu en octobre à sa tendance foncière à la baisse dans les deux sens. Le gros de ce recul s’explique par l’effet d’amortissement de la montée du dollar canadien sur les prix tant des exportations que des importations. En fait, en ne tenant pas compte de la diminution des prix de 7 %, on constate que, en volume, les exportations ont oscillé dans une bande étroite entre 31,2 et 31,9 milliards de dollars depuis un an (il faut exclure le hiatus de la panne d’électricité). Les importations ont été encore plus touchées par la valorisation du dollar, car une baisse des prix de 13 % a contribué à une hausse en volume de 4 % de la demande à l’importation.

Les revenus tirés des exportations ont diminué de 4,2 % de septembre à octobre, ce que l’on doit en grande partie à une contraction des prix de 3,4 % dans tous les secteurs de demande hors agriculture. C’est la demande de machines et de matériel qui a le plus baissé, le cédant de 16 % à sa valeur d’il y a un an avec des pertes pour la machinerie industrielle, les aéronefs et le matériel de télécommunication qui ont eu plus de poids qu’un léger gain dans le cas des ordinateurs. Les prix reçus ont diminué pour la plupart des produits primaires et des automobiles, bien que la demande ait bien tenu le coup en volume.

Une baisse des prix de 2,6 % a réduit nos importations de 1,7 % en valeur nominale. La décroissance des prix a influé sur tous les grands secteurs, mais celui des machines et du matériel est le seul où la demande ait été moindre en volume, ce qui s’explique avant tout par un autre ample fléchissement des importations d’aéronefs. En volume toujours, les importations ont été les plus considérables dans le cas des automobiles et des autres biens de consommation, mais ce n’est que dans ce dernier cas que cette vigueur tenait au volume même des dépenses de consommation.

Prix

L’Indice des prix à la consommation a progressé de 0,3 % en novembre et, d’une année à l’autre, son taux d’accroissement est resté à 1,6 %. Au rebours des tendances récentes, les biens durables ont dominé à ce tableau, en grande partie à cause d’une majoration de 4 % des prix des véhicules avec la nouvelle campagne automobile. Les prix des automobiles étaient toujours à court de 1,6 % de leur valeur d’il y a un an. Par ailleurs, les prix des aliments ont été poussés en hausse par ce qui a été la plus grande montée du prix de la viande de bœuf en près de deux décennies. Le rétablissement de ce prix depuis la découverte d’un cas de maladie de la vache folle en mai s’est toutefois révélé temporaire, puisqu’un premier cas semblable apparu aux États-Unis a fait chuter les prix des bovins en début d’année.

En revanche, les cours de l’énergie ont fléchi en novembre, mais le mouvement devrait bientôt s’inverser puisque les cours des produits de base étaient en hausse jusqu’à la fin de l’année. Les prix des services se sont contractés pour la première fois depuis les lendemains des attentats terroristes de septembre 2001, ce qui est largement imputable à la fin d’une piètre saison touristique qui devait laisser les prix dans ce secteur en déficit de 4 % par rapport aux prix d’il y a un an.

Les cours des produits de base ont clos un solide second semestre. Les cours de l’énergie ont été en tête dans la montée de 8 % de l’indice de la Banque du Canada en décembre grâce au prix du pétrole brut. Les prix des matières industrielles ont également augmenté; le cuivre et le nickel ont respectivement atteint des sommets en six et 14 ans. Le prix du cuivre a été stimulé par des problèmes d’approvisionnement qui ont contraint un fournisseur indonésien à déclarer un cas de force majeure. Quant aux cours du nickel, ils ont eu l’aide d’une menace de grève à la Falconbridge. La dévalorisation du dollar américain a contribué à porter les cours de l’or à un sommet en 13 ans. Les produits de base évalués en dollars américains ont profité tout au long de 2003 du dérapage de cette monnaie, ce qui les a rendus plus abordables à bien des étrangers.

La montée de notre dollar a encore enfoncé les prix reçus par les fabricants, lesquels ont tour à tour diminué de 0,9 % en octobre et de 0,4 % en novembre. Il n’y a que cinq industries sur 21 qui aient pu majorer leurs prix ce dernier mois. Les prix avaient perdu 4 % de leur valeur de culmination il y a un an avec pour seul coupable un taux de change en hausse.

Marchés financiers

Le dollar canadien a terminé l’année à un sommet de 77,1 cents américains en 10 ans, ayant gagné 22 % depuis un an. La vigueur de notre dollar a encore contenu les taux d’intérêt. Les taux à court terme ont été stables et les rendements à long terme dérivaient toujours vers le bas.

La bourse de Toronto a couronné une année de solide croissance par un gain de 4,6 % en décembre. La progression dans l’année a été de 24 %, presque autant que sur le marché boursier américain. Dans ce dernier mois de l’année, on a surtout relevé des gains à deux chiffres pour les actions du domaine de l’énergie et les métallifères. Ce sont des secteurs où les cours des produits de base se sont encore affermis. Les actions liées à la consommation et au marché immobilier ont aussi offert de francs gains, les perspectives qui s’offrent à la demande des ménages s’étant améliorées avec la valorisation du dollar.

Les entreprises ont multiplié leurs mobilisations de fonds à l’automne. Les nouvelles émissions obligataires ont particulièrement battu leur plein avec une valeur de plus de quatre milliards de dollars en novembre; les entreprises se sont en effet empressées de tirer parti de la faiblesse des taux d’intérêt. De plus, les sociétés ont encore réduit leur endettement à court terme; celui-ci a baissé de 1,6 milliard de dollars pour une cinquième diminution de suite (15 milliards de dollars au total). Le redressement des émissions dans l’ensemble va dans le sens d’un accroissement des dépenses des entreprises qui s’ajoute comme phénomène à ce réaménagement des bilans. La demande de crédit dans les ménages a été en croissance soutenue surtout grâce au crédit hypothécaire.

Économie régionale

En Ontario, la force de la demande se concentre dans les investissements, les permis de construction commerciale ayant augmenté de +33 % en octobre (valeur totale de 444 millions de dollars), en particulier à Toronto. Pendant ce temps, des détaillants majeurs de commerce de détail ont également annoncé une hausse marquée de leurs investissements en 2004. Il s’agissait d’une des seules sources de croissance de la demande puisque les mises en chantier ont perdu tout le terrain gagné depuis juin et que les ventes au détail ont enregistré une quatrième baisse en cinq mois, la progression originalement enregistrée pour septembre ayant été révisée en baisse. En octobre, les exportations ont encore diminué pour se situer 12 % sous le niveau de l’an dernier, poursuivant la glissade amorcée au début de l’année. Il en est résulté un retour des livraisons manufacturières en terrain négatif en octobre.

Tout comme en Ontario, les exportations sont demeurées une source de faiblesse au Québec en raison de la baisse renouvelée des livraisons de produits informatiques alors que les produits aéronautiques, reculant d’environ 30 % par rapport aux sommets de juillet 2001 sont demeurés sans vigueur. La demande des ménages persiste cependant à se raffermir, les ventes au détail ayant enregistré une deuxième forte hausse en trois mois (0,8 % en octobre) et les mises en chantier se maintenant près du quart au-dessus de leur niveau de l’an dernier. Les permis dans le secteur non résidentiels ont fortement baissé par rapport au printemps mais la construction continue de stimuler les livraisons de produits reliés alors qu’on peut répertorier plus d’une dizaine de chantiers majeurs à Montréal, en particulier dans le domaine institutionnel, lesquels seront complétés au cours de 2004.

L’Ouest du pays partage avec le Québec la fermeté de la demande des ménages. Les ventes au détail ont repris leur tendance à la hausse tant dans les Prairies qu’en Colombie-Britannique après leur baisse en septembre. Les ventes de maisons existantes se sont raffermies, ce qui place la Colombie-Britannique loin en tête des provinces pour ce qui est de leur croissance cette année. Les livraisons étaient partagées. Elles continuaient d’augmenter fermement en Alberta, menées par les biens d’investissement. La Colombie-Britannique enregistre une première baisse en cinq mois avec les produits forestiers en tête alors que les menaces de grève au port de Vancouver sont écartées. Les livraisons avaient fortement augmenté en septembre.

Économies internationales

Aux États-Unis, le déficit trimestriel au compte courant a rétréci pour la première fois depuis la récession de 2001. La baisse de 4,4 milliards de dollars a eu pour moteur une reprise des exportations de biens, notamment des biens d’équipement et de consommation, avec des gains aux comptes des voyages et des revenus de placements.

Plusieurs faits intéressants ont marqué les comptes financiers. Bien que continuant à se procurer en abondance des titres d’emprunt du gouvernement américain (50 milliards de dollars aux taux trimestriels), les investisseurs étrangers sont passés d’acheteurs à vendeurs d’obligations et d’actions des sociétés. Dans l’ensemble, les achats extérieurs nets de titres non gouvernementaux ont ralenti de plus de 75 milliards de dollars pour tomber à moins de 10 milliards de dollars, au plus bas depuis 1998 et loin du sommet de près de 130 milliards de dollars atteint au plus fort de la bulle boursière en l’an 2000. Pendant ce temps, les Américains remaniaient leurs portefeuilles pour y faire une plus grande place aux actions et aux obligations de l’étranger.

La demande des ménages a montré peu de signes de ralentissement après avoir battu la charge dans l’économie au troisième trimestre. Les mises en chantier d’habitations se sont accrues de 4,5 %, franchissant la barre des deux millions de logements pour la première fois dans l’histoire. Dans cette progression de 18 % depuis un an, l’ouest du pays a apporté un gain de 35 %, car les incendies se sont récemment attaqués au parc immobilier de cette région. Un autre facteur favorable a été le temps clément dans le nord-est. En novembre toutefois, les ventes d’habitations neuves ont fléchi un troisième mois de suite. Elles étaient à court de 10 % de leur maximum de l’été. La baisse de la demande s’est accompagnée d’un bond de 10 % du prix médian de l’habitation neuve, celui-ci dépassant les 200 000 $ une toute première fois. Enfin, le marché de la revente est demeuré ferme.

La croissance du secteur de l’habitation a encore soutenu la progression à deux chiffres des ventes au détail de meubles et de matériaux de construction, mais la vigueur du commerce de détail tient de plus en plus à d’autres composantes. Pour mener le mouvement en octobre et novembre, il y a eu les produits électroniques (qui ont remplacé les matériaux de construction comme secteur le plus en croissance dans la dernière année avec un gain de 15 %) et les produits de santé et de soins personnels. L’industrie de l’automobile a aussi marqué sa première grande avance de l’automne.

La production industrielle s’est élevée de 0,9 % en novembre, opérant sa meilleure progression en plus de quatre ans malgré une légère contraction de la production automobile. La production d’outillage des entreprises s’est accrue de 1,7 %, ce secteur supplantant celui des matériaux de construction pour la croissance la plus rapide dans la dernière année. Tous les secteurs de haute technologie ont offert un deuxième gain d’affilée, mais on peut douter de la solidité de ce qui étaye cette croissance si on considère que les nouvelles commandes de biens d’équipement ont reculé de 6 %, annulant les progrès des deux mois précédents. Les ordinateurs et les produits électroniques ont mené ce mouvement rétrograde, chutant de 11 % dans ce qui est leur plus grand pas en arrière depuis l’éclatement de la bulle technologique en l’an 2000, tout en gardant une avance de 10 % sur leur cadence de l’an dernier.

Dans la zone de l’euro, la production a repris en octobre, la production industrielle augmentant de 1,1 % pour ainsi recouvrer ses pertes d’août et de septembre. Les biens d’équipement ont dominé au tableau des gains, mais il y a eu reprise dans tous les grands secteurs. Le carnet des nouvelles commandes s’est encore mieux garni, s’étoffant de 1,6 % dans le mois malgré une soudaine contraction de la demande qui s’attache aux produits électroniques et au matériel de transport. L’excédent du commerce extérieur a légèrement augmenté en octobre, mais les dépenses de consommation sont demeurées inertes en septembre après leur faiblesse persistante en période estivale. En décembre, le taux annuel d’inflation a faibli à 2,1 %; il était de 2,2 % le mois précédent.

En France, la production industrielle a crû en octobre à son rythme le plus rapide en plus de deux ans. La progression a été de 1,3 % avec un relèvement de la production des services publics et une accélération de la fabrication de biens de consommation. Les exportations autant que les importations ont repris avec la relance générale de la croissance. Les exportations ont atteint un sommet en neuf mois, aidées en cela par les expéditions d’aéronefs vers l’Asie. Les importations ont tiré parti d’une augmentation des achats de produits asiatiques. En novembre, le taux de chômage est tombé à 9,6 %, glissant de son sommet de 9,7 % en trois ans.

En Allemagne, la production industrielle a fait un bond en octobre, avançant de 2,4 % après avoir marqué le pas le mois précédent. Les exportations sont demeurées fermes malgré un essor de 20 % de l’euro par rapport au dollar américain. Le carnet des nouvelles commandes s’est aminci dans le mois, mais il reste garni par rapport aux valeurs d’il y a un an. Les dépenses de consommation se sont un peu redressées en septembre et, en valeur réelle, les ventes au détail ont été en ascension lente après deux mois de descente. En fin d’année, le parlement allemand a voté un vaste programme de réforme économique qui influe sur le droit du travail et le régime fiscal.

En Italie, la production industrielle n’a pas bougé en octobre avec une hausse pour l’énergie et une suite de grèves pour contrepoids. Les nouvelles commandes se sont légèrement contractées dans le mois; il s’agit de leur deuxième baisse en trois mois. En septembre, les dépenses de consommation ont un peu remonté, mais demeurent en chute libre par rapport à leurs niveaux d’il y a un an.

Au Royaume-Uni, l’activité industrielle a continué à se rétablir en octobre, gagnant 0,9 % après une augmentation de 0,2 % (valeur révisée à la hausse) le mois précédent. Les consommateurs se sont remis à dépenser en septembre et, en valeur réelle, les ventes au détail ont fait un bond en avant après deux mois de recul. Les dépenses ont été vives cependant par rapport aux valeurs d’il y a un an avec un taux de progression de 4,1 % dans le mois, le meilleur de la zone de l’euro. Les exportations étaient toujours en décroissance, phénomène qui, joint à une répression des fraudes de TVA (avec pour résultat une révision à la hausse des données sur les importations des cinq dernières années), a fait monter le déficit commercial.

Au Japon, l’économie a crû de 0,3 % au troisième trimestre. C’est la moitié de l’estimation initiale, ce qui s’explique par une révision à la baisse des valeurs des dépenses en immobilisations. En novembre, la production industrielle est demeurée ferme, s’élevant de 0,8 % pour une troisième augmentation mensuelle de suite. Les dépenses de consommation ont été faibles dans le sens même d’une déflation qui revient. D’une année à l’autre, les prix se sont contractés de 0,4 % en novembre après avoir évolué en hausse le mois précédent pour la première fois dans cette période de cinq ans. L’excédent du commerce de marchandises s’est accru en novembre, car la demande a décru plus rapidement à l’importation qu’à l’exportation.


* Basée sur les données disponibles le 9 janvier; toutes les données sont en dollars courants, sauf indication contraire.



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Date de modification : 2008-11-21 Avis importants
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