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Étude : La suppression d'emplois et les types d'emploi au cours des 40 dernières années

Diffusion : 2020-06-23

Le marché de l'emploi canadien a beaucoup évolué au cours des 40 dernières années; sa plus récente évolution a été provoquée par la pandémie de COVID-19. Aujourd'hui, Statistique Canada diffuse deux études qui mettent en relief plusieurs des changements observés sur le marché du travail.

La première étude, qui s'intitule « Taux de mises à pied permanentes au Canada, 1978 à 2016 », porte sur l'évolution des taux de mises à pied permanentes au Canada de 1978 à 2016, la dernière année pour laquelle des données sur les mises à pied permanentes sont actuellement disponibles. Une version plus complète, intitulée « Turbulence or Steady Course? Permanent Layoffs in Canada, 1978-2016 », traite des conséquences financières qu'ont eues ces pertes d'emplois sur les travailleurs canadiens déplacés au cours des 40 dernières années. Cette version plus détaillée a été produite en collaboration avec l'Institut de recherche en politiques publiques (IRPP), qui la diffuse aujourd'hui.

Selon ces études, rien n'indique que l'ampleur de la suppression d'emplois ou que ses conséquences financières sur les travailleurs mis à pied se sont aggravées de 1978 à 2016. Elles montrent cependant que les travailleurs déplacés ayant beaucoup d'ancienneté, c'est-à-dire ceux qui avaient travaillé pour le même employeur pendant au moins six ans, subissaient des pertes de revenus substantielles, et ce, même cinq ans après avoir perdu leur emploi. Les deux études montrent également que la plupart des pertes d'emplois ne font généralement pas partie de mises à pied collectives.

Les préoccupations relatives à la suppression d'emplois ont bien entendu pris une nouvelle importance dans le contexte de la pandémie de COVID-19. À l'heure actuelle, il est encore trop tôt pour prédire la gravité et la durée du ralentissement économique qui découleront de la pandémie, de même que la mesure dans laquelle les mises à pied seront temporaires ou permanentes.

La deuxième étude, intitulée « L'évolution de la situation de l'emploi, 1981 à 2019 », montre la manière dont de nombreuses caractéristiques des emplois ont évolué depuis le début des années 1980, y compris les salaires horaires réels, l'adhésion à un régime de pension, la syndicalisation et la nature permanente ou temporaire d'un emploi.

Selon l'étude, la plupart des caractéristiques des emplois ont évolué différemment chez les hommes et les femmes au cours des 40 dernières années. De 1981 à la fin des années 2010, le taux d'adhésion à un régime de pension, le taux de syndicalisation et l'importance relative des emplois permanents à temps plein dans le cadre des emplois rémunérés totaux ont diminué chez les hommes, mais non chez les femmes. Par ailleurs, les changements survenus au chapitre des caractéristiques des emplois n'ont pas été uniformes chez les jeunes travailleurs et chez les travailleurs âgés.

Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, d'autres caractéristiques des emplois revêtent évidemment de l'importance. La COVID-19 pourrait inciter les entreprises à accélérer l'automatisation de certaines tâches, à accroître le travail sur demande et les taux de télétravail et à apporter des changements aux conditions de travail (p. ex. le travail par quarts, la configuration des locaux à bureaux) pour faciliter la distanciation physique. En raison des limites des données, l'étude n'a pas permis de suivre l'évolution des conditions de travail et des taux de télétravail depuis le début des années 1980.

La probabilité que les travailleurs canadiens perdent leur emploi ne s'est pas accrue de 1978 à 2016

Depuis la fin des années 1970, les technologies informatiques ont permis de réduire la demande de main-d'œuvre dans certains secteurs d'activité, tout en menant à la création de nouvelles professions, comme celle d'analyste en sécurité Web, de développeur de logiciels et de développeur d'applications. De nouvelles modalités d'emploi, comme les emplois temporaires et le travail à la demande, ont fait leur apparition. L'emploi dans le secteur de la fabrication a fléchi, alors que le commerce international a augmenté.

Malgré les nombreux changements survenus dans l'environnement économique, la probabilité que les travailleurs canadiens perdent leur emploi ne s'est pas accrue de 1978 à 2016. Au cours de la période allant de 2010 à 2016, les taux de mises à pied permanentes chez les employés de 25 à 64 ans se sont situés à 6,6 % en moyenne, ce qui représente environ un point et demi de pourcentage de moins que la moyenne de 8,3 % enregistrée pour la période allant de 1978 à 1980.

Graphique 1  Graphique 1: Taux de mises à pied permanentes chez les employés canadiens âgés de 25 à 64 ans, 1978 à 2016
Taux de mises à pied permanentes chez les employés canadiens âgés de 25 à 64 ans, 1978 à 2016

Il convient de noter quelques différences régionales. En 2015 et en 2016, après les baisses du prix du pétrole, les taux de mises à pied permanentes ont affiché une augmentation marquée dans les provinces productrices de pétrole, soit l'Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador. À titre d'exemple, le taux de mises à pied permanentes en Alberta est passé de 7,9 % en 2014 à 12,2 % en 2015. Les taux de mises à pied permanentes dans les autres provinces ont toutefois été relativement stables de 2010 à 2016.

La proportion de femmes déplacées qui trouvent un nouvel emploi peu de temps après en avoir perdu un a augmenté de 1978 à 2016

Bien que les taux de mises à pied permanentes n'aient pas affiché de tendance à la hausse chez les hommes ou chez les femmes, leurs taux de réemploi à court terme, c'est-à-dire le pourcentage de travailleurs mis à pied de manière permanente qui ont trouvé un nouvel emploi rémunéré au cours de l'année ayant suivi la perte d'un emploi, ont suivi des trajectoires différentes.

Parallèlement à l'accroissement de la participation des femmes au marché du travail, le pourcentage de femmes mises à pied de manière permanente qui ont trouvé un emploi rémunéré au cours de l'année suivant la perte d'emploi a aussi augmenté au fil du temps, passant de 67 % en 1978 à 78 % en 2016. En revanche, le pourcentage d'hommes déplacés qui ont trouvé un nouvel emploi au cours de l'année suivant la perte d'un emploi est demeuré autour de 80 % et a affiché des variations cycliques, sans qu'on puisse dégager une tendance évidente.

Graphique 2  Graphique 2: Pourcentage de travailleurs mis à pied de manière permanente qui ont trouvé un emploi rémunéré au cours de l'année ayant suivi la perte d'emploi, 1978 à 2016
Pourcentage de travailleurs mis à pied de manière permanente qui ont trouvé un emploi rémunéré au cours de l'année ayant suivi la perte d'emploi, 1978 à 2016

Les répercussions à court terme de la perte d'emploi sur les revenus ne se sont pas aggravées de 1978 à 2016

Peu importe les années prises en compte, le travailleur déplacé typique s'est retrouvé dans une moins bonne situation financière au cours de l'année ayant suivi la perte d'emploi que pendant l'année ayant précédé cette perte. Par exemple, les hommes et les femmes mis à pied de manière permanente en 2015 ont affiché une baisse en pourcentage médiane des revenus de 25 % de 2014 à 2016.

Cependant, l'ampleur de la baisse à court terme des revenus ne s'est pas accentuée au fil des décennies. Alors que la baisse des revenus à court terme des hommes n'a pas suivi de tendance évidente, celle des femmes est devenue moins prononcée au fil du temps.

Dans l'ensemble, de 1978 à 2016, la suppression d'emplois n'est pas devenue plus fréquente et les résultats en matière d'emploi et de revenus après la suppression ne se sont pas détériorés, mais les travailleurs déplacés ayant beaucoup d'ancienneté (c.-à-d. ceux qui avaient travaillé pour le même employeur pendant au moins six ans) ont subi des baisses de revenus prononcées et persistantes.

Par exemple, au moins la moitié des hommes et des femmes déplacés ayant de l'ancienneté et âgés de 25 à 54 ans ont vu leurs revenus réels diminuer d'au moins 10 % entre l'année précédant la perte d'emploi et cinq ans après celle-ci.

La plupart des pertes d'emplois n'ont pas eu lieu lors de mises à pied collectives

Alors que les médias couvrent abondamment les situations de mise à pied collective dans des villes ou régions particulières, relativement peu d'attention est accordée aux pertes d'emplois qui ne sont pas associées aux mises à pied collectives, comme celles pouvant survenir dans les petites entreprises. Pourtant, la plupart des pertes d'emplois observées dans le secteur des entreprises depuis le milieu des années 1990, la première période pour laquelle des données sur les mises à pied collectives sont accessibles, ne s'inscrivaient pas dans le cadre de mises à pied collectives.

Au cours de la période allant de 1995 à 2015, entre 53 % et 87 % des mises à pied permanentes survenues dans le secteur des entreprises n'ont pas eu lieu lors de mises à pied collectives. Il faudra garder cette constatation à l'esprit lorsque les chiffres sur les pertes d'emploi seront annoncés pendant et après la pandémie de COVID-19.

Les salaires ont affiché une croissance modérée depuis le début des années 1980 mais le taux d'adhésion à un régime de pension a diminué

Au cours des 40 dernières années, on a également observé des changements notables au chapitre des taux de rémunération des travailleurs canadiens et des types d'emplois qu'ils occupent.

De 1981 à 2019, les salaires horaires réels médians des emplois à temps plein ont augmenté de 18 %, et la majeure partie de cette croissance s'est produite après 2005.

Alors que les salaires ont modérément augmenté, le taux d'adhésion à un régime de pension a diminué. De 1981 à 2017, l'année la plus récente pour laquelle des données sur l'adhésion à des régimes de pension sont actuellement disponibles, le pourcentage d'employés ayant un régime de pension agréé (RPA) a reculé de 8 points de pourcentage, passant de 45 % en 1981 à 37 % en 2017.

Graphique 3  Graphique 3: Salaires horaires réels médians des employés à temps plein âgés de 17 à 64 ans, 1981 à 2019
Salaires horaires réels médians des employés à temps plein âgés de 17 à 64 ans, 1981 à 2019

Les caractéristiques des emplois de divers groupes de travailleurs ont évolué différemment

Pendant que les femmes étaient de plus en plus nombreuses à occuper des emplois bien rémunérés, et que leur nombre d'années d'ancienneté auprès de leur employeur augmentait, leurs salaires horaires réels médians pour des emplois à temps plein se sont accrus de 30 % de 1981 à 2019, ce qui représente plus de trois fois la croissance de 9 % observée chez les hommes. Malgré cela, en 2019, le salaire médian des femmes était encore inférieur à celui des hommes.

Les changements dans les types d'emplois des hommes et des femmes n'étaient pas non plus uniformes.

Par exemple, le taux d'adhésion à un RPA chez les hommes a fléchi pour passer de 51 % en 1981 à 35 % en 2017. En revanche, il a augmenté chez les femmes, pour passer de 35 % à 39 % au cours de la même période.

Les taux de rémunération et les types d'emplois chez les jeunes employés et les employés plus âgés ont aussi évolué différemment.

Par exemple, les salaires horaires réels médians des hommes de 25 à 34 ans occupant un emploi à temps plein étaient pratiquement les mêmes en 1981 et en 2019, mais ceux des hommes de 35 à 54 ans ont augmenté de 13 % au cours de cette période.

De façon similaire, les salaires horaires réels médians des femmes de 35 à 54 ans se sont accrus de 38 % de 1981 à 2019, ce qui représente près du double de l'augmentation de 20 % observée chez les jeunes femmes.

Dans la foulée des pertes d'emplois survenues depuis février 2020, les emplois permanents à temps plein et les emplois syndiqués ont récemment pris de l'importance

Il est encore trop tôt pour savoir si la pandémie de COVID-19 aura une incidence sur certaines de ces tendances à long terme. Cependant, certains changements récents se doivent d'être soulignés.

Puisque les pertes d'emplois observées depuis février 2020 ont davantage touché les emplois temporaires et les emplois non syndiqués, le pourcentage d'employés ayant un emploi permanent à temps plein ou un emploi syndiqué a affiché une croissance de mai 2019 à mai 2020.

En mai 2020, 81 % des employés de 17 à 64 ans occupaient un emploi permanent à temps plein, comparativement à 76 % en mai 2019, et le pourcentage d'employés ayant un emploi syndiqué est passé de 29 % à 31 %.

Les salaires horaires réels médians des emplois à temps plein se sont accrus d'environ 11 % de mai 2019 à mai 2020, et les salaires horaires réels moyens, d'environ 9 %. Environ la moitié de la croissance des salaires moyens peut être attribuée aux changements récents dans l'emploi, notamment au déclin des emplois temporaires, des emplois non syndiqués, et des emplois dans les industries et professions offrant des salaires relativement bas.




  Note aux lecteurs

L'étude intitulée « Turbulence or Steady Course? Permanent Layoffs in Canada, 1978 to 2016 » et l'étude intitulée « Taux de mises à pied permanentes au Canada, 1978 à 2016 » parue dans la série Aperçus économiques se fondent sur les données du Fichier de données longitudinales sur la main-d'œuvre de Statistique Canada.

Dans le cadre des deux études, les données sur les mises à pied permanentes ont été utilisées pour mesurer les pertes d'emplois. Une mise à pied permanente se produit lorsque le travailleur mis à pied ne retourne pas travailler pour son ancien employeur au cours de l'année de la mise à pied ou de la suivante. Autrement, une mise à pied est jugée temporaire.

Les taux de mises à pied permanentes équivalent au nombre d'emplois qui cessent en raison d'une mise à pied permanente, sous forme de pourcentage d'emplois rémunérés moyens au cours d'une année donnée.

Les mises à pied collectives désignent les mises à pied permanentes qui surviennent dans les entreprises : 1) qui comptaient au moins 50 employés au cours de l'année t − 1, l'année avant la perte d'emploi; 2) qui avaient un effectif positif (c.-à-d. qu'elles avaient des employés rémunérés pendant au moins une partie de l'année) au cours de l'année t − 1 et de l'année t; 3) dont les mises à pied permanentes totales au cours de l'année t représentaient 10 % ou plus de l'emploi au cours de l'année t − 1; et 4) dont l'effectif total a diminué d'au moins 10 % de l'année t – 1 à l'année t + 1. Toutes les autres mises à pied permanentes sont considérées comme des mises à pied non collectives.

Le secteur des entreprises comprend toutes les industries, sauf les administrations publiques, les services d'enseignement, les soins de santé et l'assistance sociale.

Produits

Les articles de recherche « Taux de mises à pied permanentes au Canada, 1978 à 2016 », et « L'évolution de la situation de l'emploi,1981 à 2019 », qui fait partie de la série Aperçus économiques (Numéro au catalogue11-626-X), sont maintenant accessibles.

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Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec nous au 514-283-8300 ou composer sans frais le 1-800-263-1136 (STATCAN.infostats-infostats.STATCAN@canada.ca).

Pour en savoir davantage sur les concepts, les méthodes et la qualité des données, veuillez communiquer avec René Morissette, rene.morissette@canada.ca, Division de l'analyse sociale et de la modélisation

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